Laïcité, hallal, hypocrysie et Raison
J’ai voulu illustrer cet article par quelques photos dont un détail devrait vous surprendre…
Pour un défenseur de la laïcité comme je le suis, il faut reconnaître que certains arguments de ce combat se cachent mal derrière leur hypocrisie. Voile islamique ou viande hallal, nous voilà pris en otages de personnes dont nous refusons la fréquentation: nostalgiques de l’époque coloniale, xénophobes et racistes en tous genres…
Dans différents pays européens, la question de la neutralité des espaces publics, des symboles religieux, de la construction d’édifices religieux, revient sans cesse dans l’agenda médiatique. La France en offre un très bon exemple en cette période pré-électorale.
Car après la question du voile, c’est maintenant celle de la viande hallal non étiquetée dans des supermarchés qui réveille une armée de défenseurs de la laïcité.
Or, ce combat pour la laïcité nous offre deux surprises: il y a dans ce pays énormément d’hommes attachés aux droits des femmes (dans le cas du voile) et beaucoup de gens très attentifs à la souffrance des animaux (dans le cas de la viande hallal).
Que les choses soient claires, étant moi-même féministe, (je ferai bientôt un élément sur mon site à ce propos) on peut imaginer la sympathie que j’éprouve pour les symboles qui rappellent à tout moment le genre et les stéréotypes patriarcaux qui y sont liés. Les religions s’attachent beaucoup aux cheveux des femmes (voile islamique, perruque des juives religieuses, voile des nones catholiques) mais ces symboles ne sont sans doute pas le premier problème auquel s’attaquer. Ces couvres-chefs ne sont là que pour répéter les injonctions normatives de tous les milieux et qui me semblent beaucoup plus problématiques: les femmes ne sont pas nos égales, elles sont l’objet de violences, de mépris, etc
(Il est d’ailleurs intéressant d’observer que le panthéon dont les photos ornent cet article est à lui-seul un symbole de sexisme puisqu’il est dédié à ses “hommes”. Et d’ailleurs, presque aucune femme n’y repose en paix…)
Or, passée la crise du voile, les féministes d’un jour ont totalement disparu de la circulation. Plus personne pour militer pour les véritables droits de ces femmes dont il est question. Qu’elles enlèvent ce bout de tissu et pour le reste, on leur souhaite bonne chance…
Il en va de même pour la viande hallal vendue au supermarché sans étiquetage particulier. Il faut comprendre que, contrairement à la viande cacher, la viande hallal ne subit aucun traitement particulier. La bête a seulement été tuée à l’aide d’une lame sans avoir été étourdie. Voilà donc le nouveau scandale. Cette pratique religieuse serait particulièrement brutale et le consommateur aurait le droit de ne pas être complice de cette ignominie. Or il se fait qu’à une période de ma vie, j’ai souvent fréquenté des abattoirs. Ils n’avaient rien de rituel. La violence et la brutalité que j’y ai observés ont parfois hanté mes nuits. Bien vivantes encore, les bêtes y sont considérées comme de la nourriture que l’on brutalise, traine par terre puis achève dans une terreur qui ne saurait être feinte.
D’autre part, la consommation de viande pose un gigantesque problème écologique. Agriculture intensive, déforestation et en conséquence réchauffement climatique, quelque soit le mode d’abattage.
Je comprends que l’on soit sensible à la cause des animaux et j’ai de la sympathie pour ceux qui la défendent. Mais comment expliquer que ce combat se focalise tout à coup sur l’abattage rituel comme si le reste de la production de viande était sans reproche et surtout qu’une armée, jusque là invisible, de défenseur des bêtes apparaisse telle une génération spontanée?
Dans le cas du voile, comme dans celui de la viande hallal, le combat pour la laïcité est simplement un piège qui nous est tendu par ceux que nous combattons. Car protestent-ils devant ces croix toujours posées sur des symboles de la république française comme le panthéon (où est enterré Voltaire…) ou la Sorbonne? S’il s’agissait d’oeuvres d’art, ont pourrait défendre l’aspect culturel de l’objet. Mais il s’agit dans les deux cas d’objets métalliques sans valeur.
En exigeant que les écolières ne portent pas de voile dans des écoles publiques, n’aurait-on pu négocier un recul de tous les symboles religieux et non seulement ceux d’une religion. Au contraire, les chefs d’Etats français, belge, espagnol, etc ne cessent de témoigner leur sympathie et leur proximité envers l’église catholique.
Or, dans toute l’Europe, les musulmans sont issus essentiellement de l’histoire des migrations récentes et sont massivement surreprésentés dans les catégories sociales les plus pauvres. Deux raisons traditionnelles d’être haïs.
Militants de la laïcité, rien ne saurait nous arrêter dans notre demande d’une société où la pratique spirituelle doit rester personnelle sans interférer avec la gestion de la cité. Mais ne soyons pas dupes des combats hypocrites où la femme, le pauvre ou l’immigré sont toujours au bout de la baïonnette idéologique. Militons pour les droits des femmes, de toutes les femmes, à commencer par leur droit fondamental: l’égalité. Militons pour une agriculture plus écologique et pourquoi pas pour les droits des bêtes.
Mais n’oublions jamais que les tartuffes que nous avons à combattre voudraient remettre au goût du jour une mise à mort à l’aide d’une lame et sans étourdissement préalable: la guillotine.




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