OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Les voix de Jeanne d’Arc http://owni.fr/2012/01/26/les-voix-de-jeanne-d%e2%80%99arc/ http://owni.fr/2012/01/26/les-voix-de-jeanne-d%e2%80%99arc/#comments Thu, 26 Jan 2012 18:29:13 +0000 Jean-Paul Jouary http://owni.fr/?p=95379

Citation : Epictète : “Eh quoi ! C’est par des fous que tu veux être admiré ? ”

Grand moment de la campagne présidentielle. Le 6 janvier 2012, Nicolas Sarkozy rend hommage à Jeanne d’Arc, déclare qu’il ne veut pas la récupérer parce qu’elle n’appartient à personne mais à tous les Français et évoque les racines chrétiennes de la France. Le 7 janvier 2012, Marine Le Pen rend hommage à Jeanne d’Arc, déclare qu’il ne veut pas la récupérer parce qu’elle n’appartient à personne mais à tous les Français et évoque les racines chrétiennes de la France. Et cela occupe une bonne part de l’espace médiatique.

Bien sûr, on pense à la phrase de Marx, affirmant que lorsque l’histoire se répète, c’est “la première fois comme tragédie, la seconde comme farce”. Mais là, à une journée d’intervalle, il n’y a que répétition du dérisoire. Tout juste peut-on estimer tragique le message subliminal des deux orateurs, l’un se flattant d’avoir bouté hors de France des familles de Roms, l’autre se flattant de vouloir plus que tout autre en expulser tous les étrangers surtout s’ils viennent d’Afrique du Nord. Et puis après tout, me disais-je, pourquoi prêter attention à ces gesticulations vouées à la pucelle de Domrémy lorsque tant d’autres problèmes se posent ?

Le hasard, toujours le hasard,  a voulu que ces épisodes interviennent tandis que je lisais le formidable livre que Laure Murat vient de publier sous le titre L’homme qui se prenait pour Napoléon. L’auteure a étudié minutieusement les archives des institutions où l’on internait les “fous” tout au long du XIXème siècle, et analysé le lien de ces internements avec les guerres et révolutions qu’ a connues la France. Entre autres, elle tente d’expliquer pourquoi celles et ceux que l’on interne s’identifient à telle ou telle personnalité historique, Napoléon bien sûr, mais aussi… Jeanne d’Arc. L’irruption simultanée de cette figure historique dans des manœuvres électorales et dans une histoire des rapports entre politique et souffrance mentale m’a intrigué.

Pourquoi Jeanne d’Arc ? Pourquoi cette association avec ce que notre paysage politique compte de plus vulgairement régressif ? Et si cette figure historico-religieuse était lancée en pâture aux citoyens que la crise a le plus abîmés ?

Du coup, le propos de Laure Murat a pris une tout autre tournure, suscitant des questions d’une brûlante actualité.

Jeanne D'Arc sur le bûcher par Hermann Stilke, 1843

C’est au XIXème siècle en effet que Jeanne d’Arc supplante Sainte Anne dans l’imagerie mentale populaire, dans “la folie qui consiste à se prendre pour un grand personnage” et que ce siècle broyeur d’humanité appellera la “monomanie orgueilleuse”. D’un côté on traitera de folie la “peste révolutionnaire, la manie de la souveraineté populaire et l’obsession démocratique et républicaine” comme le fera Sylvain Eymard dans son ouvrage sur la folie révolutionnaire qui a régné en Europe de 1789 au 2 décembre 1851. On internera de nombreux insurgés, paradoxalement traités comme des fous irresponsables et de dangereux responsables, comme on l’avait fait avec le Marquis de Sade.

D’un autre côté, les victimes des répressions et désastres sociaux d’après la révolution française et jusqu’au massacre de la Commune vont multiplier en leur sein de nombreuses détresses mentales. Alfred de Musset l’avait bien compris qui écrivait en 1836 que le peuple avait au cœur deux blessures de 1793 et 1814 :

Tout ce qui était n’est plus ; tout ce qui sera n’est pas encore. Ne cherchez pas ailleurs le secret de nos maux.

La sociologie des internés le confirme, avec une grande majorité d’ouvriers et d’artisans, et dans ses Mémoires Louise Michel évoque tous ces révolutionnaires qui perdaient la raison d’avoir vu trop d’horreurs. Et c’est parmi ces victimes de l’histoire que l’identification à Jeanne d’Arc va peupler les délires, en particulier autour de 1869 où est lancée la procédure de sa canonisation. Cette “sainte laïque”, selon les termes de Michelet, incarnera comme un fantasme collectif le sentiment national, la lutte contre les envahisseurs étrangers, la personne providentielle envoyée par Dieu.

Ce mythe, entretenu depuis par l’essentiel de ceux qui tirent profit des fantasmes que peut engendrer la détresse sociale, a été cultivé avec beaucoup d’habileté par le Front national pour les raisons les plus basses et dangereuses qui soient. Par-delà la personnalité propre de Jeanne d’Arc et les débats sur son rôle historique, c’est bien à un délire collectif que l’on jette sa mémoire en pâture. Et nul ne peut nier qu’en lui donnant un hommage éclatant en pleine campagne électorale, entre une circulaire contre les étudiants étrangers et des fanfaronnades sur les records d’expulsions, Nicolas Sarkozy veut disputer au clan Le Pen quelques lambeaux xénophobes de cette dérive idéologique qui emporte bien des victimes de sa propre politique.

Alors que je rédige cette chronique, je reçois un petit livre qui reprend des extraits de l’antique stoïcien Epictète, je l’ouvre, et je lis :

Qui sont ces hommes dont tu cherches à te faire admirer ? N’est-ce pas ceux que tu as coutume d’appeler des fous ? Eh quoi ! C’est par des fous que tu veux être admiré ?

N.B : Il faut lire et méditer L’homme qui se prenait pour Napoléon, sous titré Pour une histoire politique de la folie, de Laure Murat. Vient de paraître aussi en folio 2E un ensemble d’extraits des Entretiens d’Epictète, sous le titre De l’attitude à prendre envers les tyrans. Rafraîchissant par les temps qui courent.


Poster-citation par Marion Boucharlat pour Owni ; Illustration texture par Temari09/Flickr (cc-bync) remixée par Ophelia Noor pour Owni ; Peinture de Jeanne D’arc, Mort sur le bûcher, par Hermann Stilke [Domaine public], via Wikimedia Commons

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Les mots de Marine contre l’image de Jean-Marie http://owni.fr/2011/12/21/le-pen-marine-jean-marie-discours/ http://owni.fr/2011/12/21/le-pen-marine-jean-marie-discours/#comments Wed, 21 Dec 2011 09:08:23 +0000 Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=91370

La nouvelle candidate du Front national n’est pas seulement entrée dans la compétition présidentielle avec un autre ton que son père. Elle y est entrée à une autre époque. OWNI a utilisé des outils d’analyse textuelle pour comparer leur discours inaugural de lancement de campagne.

Prononcés le 20 septembre 2006 à Valmy pour Jean-Marie Le Pen et le 11 décembre 2011 à Metz pour Marine Le Pen, leur confrontation montre un abandon des diatribes personnelles et militaires d’un candidat accroché au passé, au profit d’un discours moins égocentrique mais plus critique d’une personnalité qui se présente comme active face à des défis plus européens que mondiaux.

Moins d’égo

Premier élément remarquable de la syntaxe, Marine Le Pen n’est plus la candidate du “je” qu’était son père. Le “je” représente 28,8% des pronoms personnels utilisés par Jean-Marie Le Pen en 2006, là où la nouvelle candidate du FN ne le mentionne qu’une fois sur cinq. Même constat pour le “nous“, qui, s’il compte pour près d’un quart des pronoms chez le premier, chute à un peu plus d’un dixième pour la seconde.

Dans l’auto-référence permanente, l’ancien président du Front mentionne par onze fois son propre nom, et à six reprises, se nomme lui-même, précédent d’un sonore “moi“, qu’il martèle pour poser son poids dans la candidature. En dehors des auxiliaires “être” et “avoir“, le verbe “incarner” est le quatrième plus employé (six occurrences) après “dire“, “faire” et “pouvoir“.

À sa manière, Marine Le Pen se “sarkozyse” en mettant en avant sa capacité à agir face à une ribambelle d’adversaires et d’opposants. Comme son père, elle mentionne plus souvent la gauche (sept fois pour elle, cinq fois pour lui) que la droite (cinq fois pour elle, trois fois pour lui). Mais la démarche politique, elle, est tout autre.

Chef des armées contre candidate

Bien que plus près à Metz de la ligne Maginot et des cimetières militaires de la Grande Guerre, Marine Le Pen ne chevauche pas son destrier de général contrairement à son père. Lancé dans sa diatribe depuis un pupitre de Valmy, Jean-Marie Le Pen coiffe toute sa prise de parole d’un casque de poilu :

Alors à ceux qui osent nous contester ce lieu, quand l’évidence de leurs turpitudes et de leur incurie devrait les faire rentrer sous terre !, je rappellerai que les soldats qui vainquirent ici à Valmy le firent au cri de “vive la Nation !”. Oui, c’est ce même cri que nous poussons – nous et nous seuls – depuis 30 ans au mieux dans le silence, mais le plus souvent sous les quolibets. Qui, d’eux ou de nous, peut prétendre incarner l’esprit de Valmy ?

Placé sous cet “esprit“, le patriarche Le Pen s’en va-t-en guerre : par 15 fois, il fait référence à Valmy, par trois fois comme un succès et par trois autres pour évoquer les “soldats“. Les références historiques sont pour certaines antédiluviennes, remontant jusqu’à Gergovie pour évoquer les “actions héroïques” mais créant d’un trait d’union l’hybride guerrier du “soldat-citoyen“.

Si Marine Le Pen y va également de ses gloires françaises, à commencer par Jeanne d’Arc qu’elle mentionne trois fois, après Clovis et Charles de Gaulle, elle insiste davantage sur les victimes. Par 17 fois, ce sont “les oubliés” qu’elle mentionne. Et le mot “jeune” est le quatrième substantif le plus utilisé de son discours, celui de “jeunesse” étant associé par deux fois au mot “victime“. Ce ne sont pas les souvenirs de Verdun que la candidate est venue raviver à Metz mais celui de Gandrange, dont elle cite trois fois le nom. Autant utilisé que le mot “nation” (sept fois), le mot “chômage” structure le discours en images fortes :

J’en suis convaincue mes chers amis : la France n’est pas condamnée à devenir une friche industrielle géante.

La fille a abandonné le bâton de Maréchal pour forger une nouvelle expression, celle de “Président des oubliés“, une expression que Marine Le Pen ancre dans une réalité. Puisque ces formules sont répétées jusqu’à épuisement au fil du discours, respectivement onze et quatorze fois.

Sauf que ce réel n’est pas le même qu’en 2006. À la tribune de Valmy, Jean-Marie Le Pen a plus parlé de l’histoire et surtout des étrangers que du travail. Le mot “chômage” n’apparaît même pas, alors que l’armée revient trois fois à la charge. L’ex-candidat du FN est dans un face-à-face avec l’histoire et avec le “système” qu’il évoque à tout bout de champ, généralement drapé de sa majuscule :

Moi seul, Jean-Marie Le Pen, contre vents et marées, incarne la vraie rupture, le vrai changement, tandis que tous ces agents du Système, formés par le Système, payés par le Système, pour que dure le Système, s’appliquent à favoriser la même politique destructrice d’emplois français qui nous a tant pénalisés depuis 30 ans et qui – j’ose aussi le dire – leur a bien profité !…

Le référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE) marque encore d’une pâle empreinte le propos (“constitution” et “européenne” sont associés trois fois) mais les structures internationales auxquelles s’attaquent le père sont l’OMC et l’Otan. Une structure commerciale et une alliance militaire.

En 2011, la crise est omniprésente dans le discours de sa fille. Le “Système” a cédé sa place à la “Caste“, là encore habillée d’une majuscule, qui revient par six fois dans la bouche de la candidate. Désignant ainsi ses cibles, sans distinction de droite ou de gauche. Remplaçant avantageusement l’expression “UMPS” chère à son père et aux caciques du FN. C’est la “bulle” qui devient “spéculative” quand il faut parler d’une crise dont le coupable présumé selon elle est, lui aussi, omniprésent : l’euro. Absent du discours de 2006, la monnaie unique est le troisième substantif le plus utilisé en 2011 (18 occurrences) ! Les enjeux se sont resserrés pour la candidate à la présidentielle de 2012, il s’agit de “l’Europe ultralibérale” et des “européistes“.

Les destinataires du discours, eux, ne changent pas : chez le père et la fille, “France” et “Français” sont dans le trio de tête, entre lesquels se glissent pour Jean-Marie Le Pen, un “peuple” qui passe après les “jeunes” et le “choix” chez sa fille. Ironie de l’histoire, le discours de Valmy prononcé par le père et qui se termina sur une étonnante adresse aux “Français de cœur et d’esprit” et aux “Français d’origine étrangèreavait été inspiré par Marine elle-même. Une preuve que, désormais en première ligne, la nouvelle présidente achève un virage qu’elle n’avait fait qu’esquisser pour son père.


Illustration Flickr Ernest Morales
Retrouvez nos précédents articles sur le sujet avec le tag Verbe en campagne

Analyse des données des deux discours réalisée avec Claire Berthelemy et Birdie Sarominque.

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Le Pen vs. Le Pen: tuer le père http://owni.fr/2011/08/02/le-pen-vs-le-pen-tuer-le-pere/ http://owni.fr/2011/08/02/le-pen-vs-le-pen-tuer-le-pere/#comments Tue, 02 Aug 2011 10:09:24 +0000 Olivier Cimelière http://owni.fr/?p=75209 L’irruption intempestive de Jean-Marie Le Pen sur la Norvège est une illustration symptomatique des obstacles que la stratégie de communication frontiste s’efforce désormais de contourner pour effacer les relents sulfureux qui ont toujours collé aux basques de son président d’honneur. Pour augmenter sa percée dans l’opinion publique, Marine Le Pen opère depuis plusieurs années un repositionnement où les idées courtes des crânes rasés de skinheads doivent faire place à une rhétorique toujours aussi ferme mais plus policée. Chercheur au CNRS, Gilles Ivaldi résume parfaitement la problématique communicante de la fille de son père : « Marine Le Pen s’est construite sur deux piliers : l’option stratégique de la crédibilité et la présence médiatique ».

De fait, les mots et les thématiques vont à partir de 2006 être beaucoup plus soigneusement calibrés que les éructations ouvertement polémiques de Jean-Marie Le Pen. Ainsi, lorsque Marine Le Pen publie son livre « A contre-flots », elle s’applique notamment à développer une vision dissonante de celle de son pater familias sur la Seconde Guerre Mondiale pour lequel l’occupation nazie n’était « pas inhumaine ». De même en 2009, elle récidive dans sa prise de distance envers la logorrhée paternelle au sujet de la Shoah que Jean-Marie Le Pen avait qualifiée de « détail » de l’Histoire. Au cours d’une émission télévisée, elle réaffirme ne « pas penser » que les chambres à gaz « soient un détail de l’histoire».

Virage sémantique toute !

Aux discours musclés de son père, elle privilégie une ligne populiste moins segmentante et réductrice. Pour définir sa rénovation discursive, elle cite volontiers un aphorisme de Georges Bernanos« Il y a une bourgeoisie de gauche et une bourgeoisie de droite. Il n’y a qu’un peuple ». Dès lors, la sémantique frontiste va s’évertuer à se patiner tout en martelant son inflexible fonds de commerce populiste.

Jean-Yves Camus, chercheur à l’Iris (Institut de Relations Internationales et stratégiques) est convaincu de cette opération de normalisation pour mieux et plus largement irriguer les idées frontistes. Pour lui, la communication de Marine Le Pen  fonctionne « non pas en ostracisant la radicalité mais en bannissant les provocations radicales. Elle ne demande pas aux militants d’abjurer leur radicalité mais de faire en sorte qu’elle ne soit pas un boulet ».

L’exercice d’équilibrisme rhétorique qu’emprunte le Front National n’en demeure pas moins une cosmétique communicante destinée à rendre fréquentable le parti et le sortir du ghetto politique dans lequel il a été longtemps confiné en dépit de quelques succès électoraux çà et là. Dans leur dernier ouvrage sobrement intitulé« Marine Le Pen » , les journalistes-essayistes Caroline Fourest et Fiammetta Venner démontent la mécanique verbale de la cheftaine du FN : « La nation sert à maquiller le retour au droit du sang, la République à habiller la préférence nationale, voire la préférence culturelle et la laïcité à réhabiliter l’identité chrétienne ».

Recherche cautions désespérement

La tactique communicante du FN ne procède toutefois pas d’un simple rhabillage du vocabulaire référent du parti. Là où Jean-Marie recourait goulument aux postures « folkloriques » teintées d’agressivité à l’égard des juifs, des immigrés et de la nébuleuse « UMPS » pour exister dans le paysage politique, Marine Le Pen entend crédibiliser son discours plutôt d’agiter le chiffon rouge de la provoc’. Outre une purge des vieux fanas-milis de l’Algérie française et du IIIème Reich dans les instances dirigeantes du FN, elle s’est également entourée d’experts (dont beaucoup souhaitent toutefois demeurer anonymes) issus de la haute administration, du monde de l’entreprise, des intellectuels et des juristes. Ce sont eux qui ont par exemple nourri et argumenté, chiffres à l’appui, la profession de foi du Front National intitulée « 12 étapes essentielles pour sortir de l’euro ».

Dans le même registre de gain en crédibilité, voire de notabilisation, le Front National s’est doté depuis septembre 2010 d’un think tank entièrement dédié baptisé « Idées-Nations ». Dirigé par Louis Alliot, le compagnon à la ville de Marine Le Pen, ce club de réflexion vise à agréger les idées issues de personnes de la société civile pour alimenter la plateforme programmatique du FN en vue des élections présidentielles de 2012. Colloques, interventions de personnalités expertes dans leur domaine, rien n’est négligé pour conférer une image de sérieux loin des débordements outranciers de Jean-Marie Le Pen.

Enfin, pipolisation de la vie politique oblige, le Front National s’est livré à un mercato de recrues de personnalités célèbres dont la plus emblématique provient sans nul doute du soutien officiel du très cathodique avocat Gilbert Collard. En mai 2011, le vibrionnant homme de loi est le premier à franchir le Rubicon en annonçant publiquement son ralliement à Marine Le Pen: « Je n’ai pas pris ma carte au Front national, mais je suis très ami, et de longue date, avec Marine Le Pen. Je suis mariniste. Mon lien est avec elle ». En agissant ainsi, il brise un tabou qu’un autre bretteur avait déjà bien ébréché en mars 2011. Ce dernier n’est autre que le journaliste et ancien président de Reporters sans Frontières, Robert Ménard. Dans un pamphlet remarqué, le trublion s’insurge contre la petite élite qui « traite les électeurs du FN comme des crétins égarés » et prend la défense de Marine Le Pen. A mesure que la campagne électorale va battre son plein, il ne serait désormais pas surprenant de voir d’autres noms connus rejoindre à leur tour le comité de soutien de Marine Le Pen et servir ainsi la stratégie de respectabilisation du FN.

Appel du pied aux grands médias

Cette stratégie s’est en plus doublée d’une médiatique opération séduction de Marine Le Pen. Là encore, il s’agit d’estomper le côté para prêt à en découdre et humour bourru de corps de garde que le père a toujours eu plaisir à imprimer. Pour Marine Le Pen, cela s’est d’abord traduit par un relooking total. Loin d’être superfétatoire, celui-ci entend ainsi afficher l’image d’une femme souriante, moderne (divorcée deux fois et mère de trois enfants), adoptant des tenues plus glamour et féminines et se délestant au passage de plus de 10 kg. Autant dire qu’on est loin des caciques à l’air martial et cheveu ras, suintant la naphtaline des vieilles valeurs françaises.

Ce nouveau look a eu tôt fait de décomplexer une partie des médias traditionnels. Autant l’invitation d’un Jean-Marie Le Pen sur un plateau de télévision était inéluctablement précédée d’indignations et de cris d’orfraies  de nombreux journalistes, autant Marine Le Pen n’a quasiment aucune difficulté à amadouer les émissions qui comptent (hormis les réfractaires avérés que sont les talk-shows de Michel Drucker et Laurent Ruquier). Là où son père morigénait sans encombre les journalistes et les assommait de blagues graveleuses à tire-larigot, elle joue au contraire la carte de la séduction. Là où son père privilégiait la presse d’extrême-droite pour décocher ses formules à l’emporte-pièce, elle snobe ostensiblement des titres comme RivarolMinute et Présent. De même, elle n’a pas levé le petit doigt en 2008 pour continuer à subventionner l’hebdomadaire du parti, National Hebdo en proie à des difficultés financières. Résultat : le titre a déposé le bilan.

Le chercheur Jean-Yves Camus décode cette évolution à 180° à l’égard du monde des médias classiques :« Marine Le Pen n’a pas besoin de la presse d’extrême-droite. Ce sont ses apparitions dans les grands médias qui lui ramènent des électeurs, pas l’éventuel soutien de journaux proches ». Un pari gagnant puisque Marine Le Pen a été invitée deux fois en 2010 dans l’émission politique d’Arlette Chabot sur France 2. C’est encore elle qui a eu les honneurs du tout premier numéro de la nouvelle émission politique de la chaîne publique, « Des paroles et des actes » animé par David Pujadas. L’heure est donc à la détente avec les médias.

Un constat dont se réjouit le directeur de la communication de Marine Le Pen, Alain Vizier : « On est beaucoup moins ostracisé qu’avec le père ». Et côté journalistes, le ressenti est similaire comme le dit l’éditorialiste de RMC Info, Jean-Jacques Bourdin : « Elle est plus accessible que les autres, elle n’a aucune exigence avant une interview, elle ne demande pas qu’on lui communique les sujets abordés. C’est très facile de travailler avec elle ».

Le FN se met au 2.0

Les gains d’image glanés par Marine Le Pen constituent en tout cas un sacré atout pour le Front National sur Internet. Premier parti politique hexagonal à avoir créé un site dès 1997, le FN mise énormément sur la viralité du Web et des réseaux sociaux pour assurer son prosélytisme électoral. Le site officiel du parti enregistre ainsi plus de 400 000 visiteurs uniques par mois. La page Facebook du FN revendique 27400 membres, loin devant le PS (14995) et Europe Ecologie (10320).

Sur le front numérique, le parti de Marine Le Pen ne se contente pas d’engranger des « friends » mais évangélise à tour de bras en fournissant des contenus à répandre sur les forums généralistes, les sites grand public, les zones de commentaires, bref partout où le message est susceptible d’être lu.  Pour Louis Alliot, vice-président du FN, il est une évidence qui ne se conteste pas : « En 2012, la campagne sera numérique. Je pense que sur Internet, il y a moyen de toucher des publics très larges (…) Ce que j’aimerais, c’est réussir à convaincre des personnes qui ne le sont pas ».

Pour transformer cet entrisme numérique, le FN peut déjà compter sur le support très actif de sites particulièrement engagés dans la promotion des thèses frontistes pour ricocher dans les moindres recoins de la Toile. C’est ainsi que le blog « François Desouche » créé en 2005 par un communicant qui se veut anonyme, affiche plus de 10 000 visiteurs quotidiens au compteur. Autre site qui mise sur la viralité des propos : Novopress qui se définit comme une agence de presse indépendante et qui n’hésite pas à déposer ses vidéos sur les plus célèbres plates-formes d’Internet. Enfin, les fans de Marine Le Pen ont créé un site baptisé Nations Presse.info dont le préambule introductif donne clairement le ton : « Dotée d’un réseau de correspondants, non seulement sur l’ensemble du territoire national, mais aussi sur notre continent européen et au-delà, Nations Presse Info a la ferme volonté de promouvoir au sein de la Mouvance nationale, une réappropriation de l’information au quotidien, débarrassée de carcans idéologiques et philosophiques antinationaux ».

Derrière les retouches cosmétiques

Pourtant, dans cette stratégie de respectabilité, c’est le Front National lui-même qui est son propre ennemi. Malgré les débauches d’effort pour apparaître comme un parti « normal », le FN vit régulièrement à ses dépens le célèbre adage : « Chassez le naturel, il revient au galop ». Lors du drame atroce d’Utoya en Norvège, Jean-Marie Le Pen n’a pas été le seul à déborder du cadre dans lequel sa fille aimerait mouler l’appareil. Haut cadre du FN et conseiller de Marine Le Pen, Laurent Ozon n’a pas hésité à publier sur son fil Twitter ce qu’il fallait voir dans cet attentat : «Expliquer le drame d’Oslo : explosion de l’immigration : [multipliée par six] entre 1970 et 2009 » soit une « corrélation positive » avec les « tensions intercommunautaires en Norvège », déclenchant ainsi un tollé d’indignation.

Le fil Twitter de Laurent Ozon à propos d’Oslo (capture Rue89)

Sur le même sujet, Jacques Coutela, membre du Front National a été encore plus loin.  Sur son blog baptisé «La valise ou le cercueil » (sic !), le militant frontiste a posté un hommage (supprimé par la suite) à Anders Breivik présenté comme un « résistant », « une icône », « le premier défenseur de l’Occident », ou encore un «Charles Martel 2 ». Quelques jours plus tard, l’impétrant récidive en écrivant cette qu’Anders Breivik n’était pas« une icône, mais simplement un visionnaire face à la montée de l’islamisation de l’Europe ».

Or, le Front National n’en finit pas d’accumuler les dérapages au fil du temps. Ainsi en avril 2011, Marine Le Pen a dû exclure le conseiller régional Alexandre Gabriac après que des photos le montant en train de faire le salut nazi aient circulé publiquement. Plus récemment, deux autres élus FN ont posé problème. Candidat aux dernières cantonales à Reims, Thierry Maillard se voit reprocher la création d’une affiche électorale ayant repris la photo d’un adolescent blond des jeunesses hitlériennes. Conseiller municipal à Vénissieux, Yvan Benedetti n’a pas hésité à se déclarer « antisioniste, antisémite et antijuif » devant des étudiants en journalisme. Et la liste est loin d’être close.

Autant dire le plan com’ de réhabilitation du Front National aura bien du mal à oublier le code génétique d’un parti dont la xénophobie a toujours été le fonds de commerce. Il conviendrait simplement que cela soit un peu plus souvent rappelé et remis dans le contexte plutôt que de se contenter de faire de Marine Le Pen, une égérie médiatique.

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Billet initialement publié sous le titre “Le Pen vs. Le Pen ou l’impossible contorsion du Front National” sur le blog du Communicant 2.0

Illustrations: Hugo Passarello Luna (tous droits réservés, reproduction avec autorisation)

Capture d’écran site www.ideesnation.fr

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Lepénisation des esprits : vers la fin du droit du sol ? http://owni.fr/2011/04/01/lepenisation-des-esprits-vers-la-fin-du-droit-du-sol/ http://owni.fr/2011/04/01/lepenisation-des-esprits-vers-la-fin-du-droit-du-sol/#comments Fri, 01 Apr 2011 14:16:16 +0000 Christophe Daadouch http://owni.fr/?p=53407 Au sortir des élections cantonales, pendant lesquelles le ministre de l’Intérieur Claude Guéant multiplie les « petites phrases » sur l’Islam et l’immigration, les préparatifs législatifs touchant au droit de la nationalité ne doivent pas passer inaperçus.

Dans son discours de Grenoble le 30 juillet dernier, Nicolas Sarkozy manifestait sa volonté de réformer le droit de la nationalité. Deux axes sont alors posés. Le premier porte sur la déchéance de la nationalité « pour toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police ou d’un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l’autorité publique ». Annonce symbolique dont on connait le sort parlementaire (un rejet par le Parlement). Le deuxième axe porte sur le fait que « l’acquisition de la nationalité française par un mineur délinquant au moment de sa majorité ne soit plus automatique ».
Dans la foulée, début octobre, une mission d’information parlementaire sur « le droit de la nationalité en France » était créée, que Manuel Valls accepta de présider tout en précisant qu’il s’opposerait à toute remise en cause du droit du sol.

Premier essai

Lors des premiers débats parlementaires sur la loi relative à l’immigration, Lionnel Luca, député UMP-droite populaire, déposait sans plus attendre un amendement remettant en cause le droit du sol. Souhaitant revenir à la loi Pasqua-Mehaignerie de 1993, il proposait qu’un étranger puisse, « à partir de l’âge de 16 ans et jusqu’à l’âge de 21 ans, acquérir la nationalité française à condition qu’il en manifeste la volonté ». Il est alors soutenu par Christian Vanneste (UMP) déclarant qu’il faudrait « un jour ou l’autre remettre en cause le caractère sacré du droit du sol et ériger en critère absolu la volonté ».

C’était sans compter sur la vigilance du rapporteur et du gouvernement qui l’un comme l’autre partagent la proposition sur le fond mais pas son timing. Le premier, M. Thierry Mariani, de rappeler que « le Président de la République a décidé de créer une mission de réflexion sur le sujet » et souligner que « réformer le droit de la nationalité en une demi-heure » lui semblait « un peu précipité ». Le second représenté par Eric Besson, de préciser:

C’est donc une réflexion sur l’ensemble du dispositif que nous devons avoir, d’autant que, lors de son discours de Grenoble du 30 juillet, le Président de la République a annoncé qu’il voulait engager une concertation très claire, l’objectif étant que les enfants nés de parents étrangers sur le sol français qui seraient délinquants multirécidivistes ne puissent accéder automatiquement à la nationalité française. Nous touchons à une question sensible, complexe, le droit du sol. Il ne s’agit pas de repousser indéfiniment le sujet (…) Le Gouvernement aura ce débat avec vous. Il est noble, il est nécessaire.

Et de proposer le retrait de l’amendement et renvoyer à la mission précitée.
Bref, leur message était : attendons le rapport de la mission parlementaire avant de revoir largement le droit de la nationalité. Cette mission n’a pas suscité une grande couverture médiatique mais surtout pas un grand intérêt dès lors que les dés semblaient pipés tant par le discours de Grenoble que par les annonces gouvernementales précitées. Pour l’illustrer il faut voir le flop de la table ronde organisée le 2 mars dernier où l’essentiel des associations pressenties se sont désistées et où l’intellectuel Alain Finkielkraut, qui devait amener la contradiction, a « zappé » la date -pour reprendre l’expression d’un Manuel Valls manifestement agacé par une telle désinvolture. Dans tous les cas cette mission n’a, à ce jour, pas remis son rapport et ses travaux sont toujours en cours.

Deuxième essai, concluant

A l’évidence dépité par cette lenteur, le même Lionnel Luca déposa le 9 mars dernier, en deuxième lecture, le même amendement qu’en octobre dernier. Jusqu’à là rien d’étonnant. Ce qui l’est plus c’est la réaction du rapporteur Claude Goasguen et du ministre Guéant qui vont soutenir largement cet amendement en deuxième lecture alors qu’il était recalé en première.

Que s’est-il passé entre-temps pour justifier la remise en cause précipitée du droit du sol ? La montée du Front national et la perspective des échéances électorales semblent les explications les plus rationnelles. Les mêmes raisons qui conduisirent le ministre de l’immigration à dire le 17 mars sur les ondes d’Europe 1 :

Les Français, à force d’immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s’imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale.

Un tel revirement législatif interroge plus que jamais la raison d’être de la Mission sur la nationalité qui rendra sa copie quand tout sera joué ailleurs. L’audition qu’elle organisait le 17 mars fait d’ailleurs cruellement silence sur ce qui a été voté deux jours avant à l’Assemblée. Et son président M. Valls (qu’on a connu plus réactif) semble avoir avalé cette couleuvre, probable prix à payer pour ce qui n’était peut-être qu’un positionnement stratégique.

Un retour discret à la loi Pasqua

Sur le fond avant de revenir sur le texte, rappelons le droit en œuvre depuis la loi Guigou de 1998.

Lorsqu’un enfant nait en France de parents étrangers il peut, dès l’âge de 13 ans et sous conditions, faire une déclaration de nationalité au tribunal d’instance pour devenir français par anticipation. Ils seraient ainsi 27 000 à devenir français par cette démarche. Ceux qui n’ont pas entrepris deviennent français automatiquement à la majorité sauf s’ils décident de la répudier. L’article 21-7 du Code civil précise en effet que « tout enfant né en France de parents étrangers acquiert la nationalité française à sa majorité si, à cette date, il a en France sa résidence et s’il a eu sa résidence habituelle en France pendant une période continue ou discontinue d’au moins cinq ans, depuis l’âge de onze ans ». Ils seraient près de 3 000 à l’obtenir ainsi. C’est donc sur eux que portent l’amendement puisqu’ils ne pourraient devenir français qu’en rédigeant une lettre manuscrite manifestant leur volonté.

Pour minorer l’importance de cette modification deux arguments sont avancés lors du débat parlementaire : 1. ils ne sont donc que 3 000 jeunes concernés 2. le droit leur reste acquis s’ils font cette simple démarche.

Lions les deux arguments. Qui sont les 3 000 jeunes en question ? Ce sont souvent les plus isolés des jeunes et les moins informés. S’ils sont déscolarisés, ils échappent ainsi aux informations sur ces démarches données à l’occasion tant de voyages scolaires que de stages. Éloignés du travail ou de l’apprentissage ils n’ont pas non plus été confrontés à l’exigence d’une pièce d’identité pour travailler. Une telle disposition va donc – est-ce l’objectif ? – surtout restreindre les droits des jeunes les plus vulnérables.

Par ailleurs, le rapport à la nationalité d’un certain nombre de ces 3 000 jeunes est complexe. Certains se considèrent comme français dès la naissance et vivent comme une humiliation de plus le fait de devoir demander la nationalité. Ils attendent donc actuellement leurs 18 ans pour le devenir automatiquement. Ils devront demain manifester leur allégeance par une lettre ou alors devront rester étranger.

Ne nous méprenons pas : une telle disposition est une première étape vers la remise en cause du droit du sol. L’étape suivante consistera probablement à exiger un casier judiciaire vierge (comme le prévoyait la loi Pasqua et comme il l’est sous entendu dans le discours de Grenoble) ou à demander que cette lettre soit motivée et soumise à une appréciation préfectorale. En ouvrant cette brèche le gouvernement entretient l’idée qu’il y aurait des français moins français que d’autres. Rappelons à titre indicatif qu’un français installé à l’étranger donnera naissance à un français qui donnera lui-même naissance à un français quand bien même ni les uns ni les autres ne manifestent le moindre attachement à la France. Le sang est-il à ce point là supérieur au sol ?
Curieusement la proposition désormais avortée de la déchéance de la nationalité qui n’aurait concernée qu’un cas tous les dix ans (voir la démonstration de L. Mucchielli) a suscité un déluge de commentaires. La remise en cause du droit à la nationalité de 3 000 jeunes par an n’aura, elle, donné lieu qu’à de rares entrefilets dans la presse.

Et maintenant le Conseil constitutionnel ?

Si cette disposition devait résister à la commission mixte paritaire (Sénat/Assemblée), elle a toutefois de fortes chances d’être déclarée inconstitutionnelle non pas sur le fond mais sur la procédure d’adoption. S’il est possible d’amender les articles du projet de loi en discussion, mais également les amendements qui s’y rapportent (ce sont alors des sous-amendements), un amendement est en principe irrecevable s’il introduit après la première lecture, une disposition additionnelle sans relation directe avec les dispositions restant en discussion.

Le Conseil constitutionnel a plusieurs fois ces dernières années censuré cette technique législative qui aboutirait à introduire en deuxième lecture une disposition non débattue par les deux chambres en première lecture. Ainsi le Conseil a censuré le 16 mars 2006 quatre articles de la loi relative à l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, tous issus d’amendements adoptés en deuxième lecture. Le 3 mars 2007, il a censuré, d’office, pour le même motif, une disposition de la loi relative à la prévention de la délinquance. Mais une telle annulation procédurale ne serait qu’une partie remise tant la volonté politique semble claire ici, de l’Elysée au Palais Bourbon.

Illustrations CC FlickR: (e)Spry, david_megginson, MPD01605

Article initialement publié sur le site de Laurent Mucchielli.

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Annonces sécuritaires: IFOP a déconné http://owni.fr/2010/08/06/annonces-securitaires-ifop-a-deconne/ http://owni.fr/2010/08/06/annonces-securitaires-ifop-a-deconne/#comments Fri, 06 Aug 2010 13:49:42 +0000 Admin http://owni.fr/?p=24115

Crédits : T0ad (unsitesurinternet.fr)

Ce matin, Le Figaro a dévoilé les résultats d’un sondage IFOP (pdf) dont les résultats n’ont pas fini de surprendre et de susciter la polémique, affirmant qu’une majorité de Français soutiennent le récent virage sécuritaire entrepris par Sarkozy.

La méthodologie du sondage nous a surpris. En effet, on n’y retrouve pas les habituels ‘ne se prononce pas’ qui permettent de jauger l’intérêt que portent les sondés à une question. Vérification prise auprès de l’Ifop, il s’avère que les sondages auto-administrés de ce type, où les sondés répondent eux-mêmes aux questions, en l’occurrence devant leur ordinateur, ne comportent jamais de case ‘nspp’.

L’Ifop explique sans rire que ça permet d’éviter un trop grand taux d’abstention. Devant un sondeur, les personnes interrogées ont tendance à donner un avis, même s’ils n’en ont pas vraiment. Parce qu’on a toujours l’air tarte quand on ne sait pas répondre aux questions. Sur internet, le sondé est libéré de cette pression, si bien qu’on l’on y constate une « explosion » du nspp. « Les taux peuvent dépasser les 10, 15, 20 points » contre 3 à 8 sur les autres types d’enquête, explique l’Ifop.

Les mauvaises langues diront que les instituts de sondages forcent des gens sans opinion à en donner une, préférant ainsi fausser les résultats pour économiser les coûts que nécessiterait un élargissement de l’échantillon. Et elles n’auront pas tort.

D’autres biais affaiblissent ce sondage

La méthode, tout d’abord. Tous les français ne sont pas connectés à internet. L’Ifop nous assure que les résultats sont redressés pour les 25% de non-internautes (31% selon l’ITU). La période, ensuite. Comment contacter les estivants ? L’Ifop assure que 60% des Français ne partent pas (30% selon le Credoc, mais passons) et que ceux qui partent restent connectés. Est-ce qu’ils possède des statistiques sur le nombre de personnes ayant répondu de leur iPhone, ou ceux dont l’adresse IP montre une localisation différente de leur ville de résidence? L’Ifop n’en voit pas l’intérêt mais assure que “des vacanciers ont participé à l’enquête”.

Les vacanciers sont souvent plus riches, plus éduqués et plus sensibles aux libertés individuelles, de l’aveu même de l’Ifop. Leurs réponses auraient sans doute détonnées avec celles des autres sondés. Espérons que les 2 biais (les non-connectés d’une part, les vacanciers de l’autre) s’annulent. Mais la chance et les statistiques se marient mal ensemble.

L’Ifop assure enfin que toutes les questions posées ont été publiées. Ça ne nous empêchera pas de critiquer la manière dont elles ont été rédigées. “Êtes-vous favorables au démantèlement des camps illégaux de Roms?” revient à dire “Voulez-vous que la loi soit appliquée?”. Il aurait pu être intéressant de demander aux sondés si ils étaient favorable à une sanction pour les préfets qui n’ont pas appliqué la loi du 5 juillet 2000 [PDF] qui leur permet d’obliger les maires à construire des aires d’accueil (préfets qui, soit dit en passant, dépendent directement du gouvernement).

Le questionnaire donné au sondé l’installe à chaque nouvelle question dans un climat très anxiogène. On commence dès la première question avec le terme “multirécidiviste” qui permet de faire peur. Mais de qui parle-t-on ? Le terme est très flou. On enchaîne ensuite avec les termes de “polygamie”, “incitation à l’excision”, “assassins de policiers”, ”camps illégaux”, “atteinte à la vie d’un policier”, “délinquants”. Il faut beaucoup de volonté pour ne pas être mal à l’aise à la fin de ce questionnaire…

Ce sondage Ifop est aussi peu fidèle à la réalité que ses multiples cousins qui tentent de construire une opinion publique, le plus souvent à l’image de celle souhaitée par le gouvernement.

Petit historique des manipulations sondagières

Le Pen au second tour ? On n’avait pas prévu !

Lors de la campagne électorale des Présidentielles de 2002, aucun sondage rendu public avant le 1er tour du scrutin ne prévoyait Le Pen au deuxième tour. En effet, souvent la marge d’erreur des sondages ne permet pas d’établir de conclusion définitive. Or beaucoup d’interprétations ne prennent pas en compte cette marge. Cette erreur d’interprétation était d’autant plus à éviter en 2002 que le nombre de sondés qui se déclaraient indécis était toujours très important. C’est comme ça que tout le monde a pris le duel Chirac-Jospin comme acquis.

Un allié (in)attendu dans la bataille Hadopi

En 2008, en pleine bataille HADOPI, un sondage IPSOS proclamait qu’une très large majorité de Français étaient favorables à la riposte graduée prévue par la haute autorité. Un sondage qui avait en fait été commandé par la société civile des producteurs phonographiques (SCPP), organisme extrêmement favorable à la dite loi. Mieux, elle avait même rédigé les questions que l’institut a posé aux sondés, qui devaient peu ou prou répondre à cette question : “voulez-vous faire de la prison et/ou payer une lourde amende pour téléchargement illégal ou écoper d’un avertissement par mail éventuellement assorti d’une coupure de votre accès Internet ?”.

“L’affaire Opinion Way”

En juillet dernier, un rapport de la cour des comptes sur le budget de la présidence de la République avait pointé la position ambigüe de l’Elysée vis-à-vis de l’institut de sondage Opinion Way. En effet, ce dernier avait facturé près de 1,5 millions d’euros d’études à la présidence (en passant outre le code des marchés publics). Problème : les résultats de ces sondages étaient étonnamment proches – voire identiques – à ceux publiés dans les grands médias, notamment dans Le Figaro et LCI. Outre donc l’inutilité de la dépense pour le contribuable, les résultats des dits sondages n’aident pas à lever le soupçon qui pèsent sur leur financement. Le tout posant la question de l’indépendance et de l’objectivité de telles études d’opinions vis-à-vis du pouvoir.

Les Français sont-ils vraiment prêts à travailler plus longtemps ?

Au début de cette année, le JDD publiait le résultat d’un sondage sur l’allongement de la durée de cotisation de retraite et titrait les Français prêts à travailler plus longtemps. L’hebdomadaire se basait sur les réponses à la question « Jusqu’à quel âge seriez-vous prêt à travailler pour avoir une bonne retraite ? ». On pouvait déjà mettre quelque peu en doute les résultats du sondage. En effet la fameuse question était posée logiquement aux seuls actifs du panel mais réduisant l’effectif à 522. Mais comme le démontrait le docteur Panel sur Rue89, les résultats du sondage n’étaient pas tout à fait ce qu’annonçait le JDD. En effet, en comparant les résultats des questions « D’après vous, à quel âge serez-vous contraint de partir à la retraite ? »  (moyenne des réponses 64,7 ans) et  « Jusqu’à quel âge seriez-vous prêt à travailler pour avoir une bonne retraite ? » (moyenne des réponses 62 ans), Rue89 conclue que « les français sont prêts à s’arrêter de travailler 2,7 ans avant l’âge auquel ils pensent devoir partir pour toucher « une bonne retraite » ! »

Et tant d’autres…

La liste des sondages sujets à caution est malheureusement longue. Récemment, un sondage réalisé par BVA affirmait que 6 Français sur 10 défendaient la proposition de loi du sénateur Jean-Louis Masson sur l’anonymat des blogueurs. Outre le fait que, comme le rappelle le journaliste David Abiker, les sondés n’auraient probablement pas répondu si ils n’avaient pas été anonymes, les questions étaient très biaisées et posées à un public ne maîtrisant pas forcément toutes les implications et les enjeux du domaine en question.

Il y a quelques semaines sur Rue89, le blogueur Le Yéti a judicieusement pointé du doigt le pouvoir de “faiseurs d’opinions” détenus par les instituts de sondages, et nous explique comment ils “favorisent” certaines personnalités politiques, faisant fi de l’importance réelles de certaines personnalités dans le paysage politique.

Taper sur la nouvelle politique ultra-sécuritaire du président, un loisir de gauchiste ? Pas forcément, si on en croit le dernier edito du New-York Times, qui dénonce aujourd’hui une véritable “fièvre anti-immigrés“. Y faut pas déconner.

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Martin Clavey, Nicolas Kayser-Bril, Martin Untersinger.

Crédit Illustration : T0ad.

Crédits Photo CC Flickr: Dunechaser.

A lire également

> Un dossier réalisé par l’association Pénombre, qui “réfléchit sur les usages du nombre dans le débat public”.

> “L’opinion publique n’existe pas” de Pierre Bourdieu, toujours d’actualité

> Les résultats du sondage IFOP en intégralité (pdf).

> “La fabrique de l’opinion publique“, par Noam Chomsky.

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Brice Le Pen ou la métamorphose de Hortefeux http://owni.fr/2010/06/06/brice-le-pen-ou-la-metamorphose-de-brice-hortefeux/ http://owni.fr/2010/06/06/brice-le-pen-ou-la-metamorphose-de-brice-hortefeux/#comments Sun, 06 Jun 2010 09:36:15 +0000 Olivier Beuvelet http://owni.fr/?p=17566 La condamnation de Brice Hortefeux pour injure raciale lui vaut cette magnifique photographie en Une de Libération.fr… où son visage fait indubitablement penser à celui de Le Pen… Les traits physiques du visage du ministre pris dans une expression qu’il n’est pas utile d’interpréter, viennent ici affirmer une analogie, une ressemblance que la condamnation semble venir attester. Condamné pour injure raciale par la justice, Hortefeux est officiellement (jusqu’à la décision qui sera rendue en appel) coupable d’avoir proféré des propos racistes.
La fameuse vidéo diversement interprétée selon les affinités politiques de ses interprètes (ou leur degré d’honnêteté), trouve ici un sens définitif, et c’est le visage de Brice Hortefeux qui s’en trouve métamorphosé.
Le Figaro.fr se contente d’abord de la dépêche AFP sans illustration, c’est-à-dire, sans prise de position, puis nous montre le ministre de l’intérieur en train de réajuster sa cravate, dans un geste digne, de maintien humble de son image, (la cravate a ici une grande valeur symbolique) devant l’adversité… Le premier mot sous la photo est d’ailleurs une apposition qui le place dans la position de victime : “attaqué en justice…”

Le Monde.fr, indulgent, nous montre un Hortefeux surpris, décadré, photographié à son insu, comme dans la vidéo qui l’a amené devant le tribunal. C’est une répétition visuelle du mode de saisie des propos (à la volée) qui nous le montre ici incrédule, désolé de ce qui (lui) arrive, semblant réagir au prononcé du verdict alors qu’il n’était pas présent et n’a pas offert, encore, de visage coupable aux photographes après sa condamnation.

Le NouvelObs.com, lui, nous présente un Hortefeux qui semble regretter sa bourde, coupable certes, mais pas méchant… “J’aurais mieux fait de la fermer…” Le journal est lui aussi indulgent avec le ministre, le montrant embarrassé à l’annonce de sa condamnation, il fait profil bas…

Pour Libération.fr, en revanche, la prise de position est claire. Le nouveau visage de Brice Hortefeux est celui d’un Le Pen… Cadrage serré qui donne de l’importance aux yeux bleus et aux cheveux blonds, rictus abaissant les commissures des lèvres dans une expression qu’arbore souvent le président du Front National.

C’est ainsi en jouant visuellement d’une ressemblance qui laisse le propos dans l’implicite en le glissant  dans les plis ambigus de l’image que Libération.fr prend position pour interpréter le personnage de Brice Hortefeux, à la lumière de cette décision de justice, comme étant une sorte de Le Pen bis. Or comme le disait Brice Hortefeux lui-même : « quand y en a un, ça va, c’est quand y en a beaucoup que ça pose problème »

Illustrations : captures d’écran des sites Figaro.fr, Libération.fr, Le Monde.fr, NouvelObs.com.

Photographie de Libération.fr : “Le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, le 3 juin 2010 à Luxembourg. (AFP Georges Gobet)”

Photographie de Jean-Marie Le Pen : Damien Lafargue site De source sûre (photo retournée pour mettre en évidence la ressemblance)

Billet initialement publié sur Parergon, un blog de Culture visuelle, sous le titre “Quand Hortefeux se métamorphose…”

Culture visuelle est développé par 22mars, société éditrice d’OWNI.

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Vincent Peillon, le coup d’éclat (im)pertinent http://owni.fr/2010/01/18/vincent-peillon-le-coup-d%e2%80%99eclat-impertinent/ http://owni.fr/2010/01/18/vincent-peillon-le-coup-d%e2%80%99eclat-impertinent/#comments Mon, 18 Jan 2010 12:27:30 +0000 Abeline Majorel http://owni.fr/?p=7054 Marine LePen a jugé Eric Besson impoli en ce jeudi soir de messe télévisuelle, après en bon rhéteur,  avoir fait rire d’un seul bon mot assimilant notre ministre de l’Identité Nationale à un produit deux en un «  socialiste et UMP à la fois. » A mes yeux,  sans doute sans en être consciente, l’euro député du Front National a posé la vraie question de fond de cette soirée : celle de la politesse dans le débat démocratique médiatisé, celle que Vincent Peillon lui aussi venait de façon fracassante de remettre en cause en transgressant les codes de conduite oratoire et refusant le débat et ses conditions, dans ce que l’on pourrait interpréter un peu facilement comme un geste outrecuidant de fuite ou du moins peu démocratique de refus du débat.

Le philosophe Vincent Peillon a en ce jeudi soir subordonné le Vincent Peillon politicien pour pouvoir convoquer en un geste violent Habermas, Chomsky , Cicéron et Foucault.  Les réactions a son refus « impoli » de se rendre sur un plateau pour débattre sur un sujet qu’il juge indigne prouvent en majorité par leur caractère offusqué cette forme de résorption de la pensée rhétorique dans le préjugé social, qui est devenu notre quotidien médiatique, avec pour ultime critère ce jugement de la foule.

Le spectacle du débat dévoilé

Dans sa justification a posteriori , Vincent Peillon a convoqué sans les nommer Chomsky et Debord : fabrique du consentement et société du spectacle. Sur l’occurrence du deuxième dans notre vie quotidienne, il n’est point besoin de discuter une évidence.  Mais qu’en est il du premier qui remet en cause la mission de service public au sens noble de ce terme à la télévision française ?

Les modalités ( le piège dit il ) du passage de Vincent Peillon dans A vous de juger ne sont pas pertinentes en l’occurrence. Plus pertinent est le contenu même de l’émission.  Le portrait effectué de M. Besson en début d’émission justifie à lui seul l’argumentaire de Vincent Peillon.  Dans ce « reportage », rien ne nous est épargné, rien n’est politique : apparition de l’intime, justification psychologisante, biographisme politique.  Son ex-femme vient nous donner le slogan de campagne de Nicolas Sarkozy comme un leitmotiv de la vie de son ex-mari. Ses origines sont évoquées avec force musique, appuyant tant sur la méditerranéité d’Eric Besson que sur l’intime douloureux de la perte d’un père remplacé par  chance par la nation. Après avoir saacrifié à cette mode du témoignage de la maîtresse,  même les politiques socialistes interrogés se livrent à des explications  touchant au pathos , parlant d’humiliation. Rien de politique, rien des convictions, tout dans l’extime. Jusqu’au sacrifice suprême du père préférant son devoir envers la Nation et donc éducateur des valeurs républicaines, comme il lui a été transmis par sa mère à qui il fait « une spéciale dédicace »et restant ministre malgré les pleurs honteux de ses enfants. On l’aura compris M.Besson est humain, trop humain.  M.Besson est français, tout le prouve et tolérant, ce qui restait à prouver. Voilà qui est fait, son identité nationale est établie.

images

Puis vint le débat avec Marine LePen qui pose l’identité électorale de ceux que sert M.Besson.  Marine LePen ( qui a hérité des qualités oratoires de son père apparement) fait un contresens lorsqu’elle pose que le FN est le seul  « véritable » opposant à l’UMP , face à l’annonce de la défection de M.Peillon. Elle n’a pas compris que le dispositif de l’émission servait au contraire la fin de convaincre son électorat tout en marquant courtoisement son désaccord avec la xénophobie du FN.  Elle n’est que le contre-exemple sur ce plateau. A l’heure de grande écoute, elle permet à Eric Besson d’être autre chose qu’un traître aux yeux du téléspectateur, mais un être convaincu, car socialiste ou UMP, il sera toujours anti-FN. Elle n’est qu’une stratégie de repoussoir.

S’il est une phrase de cette soirée qui prouve que Peillon a bien fait de convoquer Chomsky, elle vient d’Arlette Chabot qui s’adressant à Eric Besson dit : « vous aimez les effets médiatiques on ne peut pas vous en vouloir vous avez été journaliste ! ». C’est donc cela être journaliste, aimer les effets médiatiques ! Dire que certains pensaient que cela consistait à aimer les faits, les causes, les analyses,  rechercher une forme de vérité !

Ce soir là , l’audimat ne sera pas au rendez vous, mais l’effet médiatique se posera sur ce que l’on attendait pas : la défection « grossière » de Vincent Peillon.  C’est elle qui devient sujet  des interventions, non plus comme habituellement par la présence dans un média mais par l’absence, et plus encore par les modalités de cette absence.

Une polémique est-elle un débat ?

Face à la mine grise de colère contenue d’Arlette Chabot, comment ne pas convenir que M. Peillon a dépasser les bornes de la convenance avec une violence peu commune au service politique de France 2 : un communiqué de presse et l’extinction de son portable ? Faut-il donc être un goujat d’une part et peu démocrate d’autre part pour refuser le débat dans ses conditions ?  Plus largement, quelle part de violence est acceptable dans la pratique du jeu politique médiatisé ?

Vincent Peillon l’a bien compris la polémique nait de la polarisation entre ami et ennemi , face à face constituant du politique et qui prend une dimension tragique avec Eric Besson, ancien compagnon de conviction.  Les procédés dans laquelle celle-ci doit s’exercer sont extrêmement codifiés : langage, présentation etc.  Les opposants rentrent en compétition au sein d’un même espace socio-institutionnel commun dans lequel le but n’est pas d’avoir raison mais de réduire l’autre au silence.  Dans cet espace, l’attention au convenable est essentielle. Pour reprendre Cicéron dans De Oratore, il faut faire preuve de retenues dans les saillies ( dicacitatis moderatio ) et préserver la gravité ( gravitas) en se contrôlant ( temperentia) et en faisant attention à la fréquence de ses traits d’esprit ( raritas dictorum). Ce qu’il ne faut pas, c’est rendre visible une agressivité impropre ( petulentia). Cette même agressivité ne relève pas du fond mais de la forme. On pourrait croire que Vincent Peillon a été «  pétulant » au moins envers  l’animatrice d’A vous de juger ce soir là.

ciceron

Mais ce serait méconnaître la nature de la polémique. L’aspect fondamental de celle-ci est de n’être astreinte à aucune condition ou raison, elle est transgressive des normes traditionnelles.  Pour nier l’existence d’un débat sur l’identité nationale, Vincent Peillon a polémiqué en niant l’existence même du dispositif de débat organisé par France 2.

Un risque politique, une identité

Par cette  transgression, Vincent Peillon s’est éprouvé. Il s’est mis en épreuve, c’est-à-dire qu’il traverse un moment destiné à requalifier  son entité, ce qu’il représente, par rapport à des questions saillantes, celle essentielle des modalités du débat démocratique. Ce faisant, et après avoir révoqué tout jugement moral qui fait passer la dissimulation ( agir stratégique ) pour du mensonge, il légitime la violence de son procédé par les graves conséquences sociales que le débat indigne sur l’identité nationale lui semble porter, et en cela, il prend un risque éminemment politique, d’une acuité et d’une profondeur rhétorique peu en cour actuellement.  Vincent Peillon a donc éprouvé son identité politique et éprouve la notre en mettant à jour la distorsion entre le réel de la politique politicienne et l’idéal de débat démocratique. En somme, il a donné sa pierre à l’édifice de débat national d’Eric Besson : être français, c’est être éminemment politique.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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AFP : Agence France Piratage http://owni.fr/2009/07/16/afp-agence-france-piratage/ http://owni.fr/2009/07/16/afp-agence-france-piratage/#comments Thu, 16 Jul 2009 08:20:20 +0000 Stéphane Favereaux http://owni.fr/?p=1937 Non respect du Droit d’auteur : ces mots accolés à l’AFP font quelque peu frissonner au moment où Hadopi repose les termes du droit d’auteur, du journalisme web, justement. L’AFP, après sept ans de procédure vient donc d’être condamnée le 9 juin 2009 pour avoir vendu les clichés de ses photographes sans leur accord.

Plus qu’un camouflet, c’est une humiliation pour celle qui vante haut et fort son respect des droits des contributeurs à son rayonnement.

La cour d’appel de Paris dit qu’ « en reproduisant et diffusant les photographies numérisées sans le consentement des salariés auteurs, l’AFP a réalisé des actes de contrefaçon ouvrant droit à réparation ». Coût de la plaisanterie : 4.000 € à verser à chaque photographe au nom du respect du droit d’auteur et des termes de la loi, du code de propriété intellectuelle.

L’AFP condamnée pour contrefaçon, cela fait tâche dans les média. Si bien que la chose ne fut guère ébruitée… une petite brève dans Libération, et une dépêche tout de même de l’AFP !!! L’ironie est délicieuse.

Il faut noter, dans le cadre juridique agitée que nous traversons actuellement que l’AFP à vocation à devenir agence multimédia… Pierre Louette, PDG, n’a qu’a bien se tenir si l’on en croît Hadopi et Loppsi 2 à venir.

L’AFP toujours sur le Front.

La revente à la frontiste M. Le Pen de clichés photoshopés pour en faire des affiches de campagne fut le premier fait d’armes de l’AFP via sa plateforme de revente de photos. L’agence avait été contactée par la leader du F.N. qui lui avait cédé les clichés sans en informer les journalistes… Gênant, à tout le moins. L’incident avait eu lieu en 2002 et a déclenché la bataille juridique qui vient de prendre fin après avoir été d’abord jugée aux prud’hommes.

Le droit d’auteur, à la propriété intellectuelle, le droit moral des photographes bafoués, l’AFP va donc devoir se racheter une conduite !!

Le respect du droit des photographe est certes une plaie sur le web et dans mes médias en général, mais la mention du copyright, du nom du photographe sont des mentions obligatoires. Visiblement, dès lors que Photoshop et des pratiques méprisantes pour les auteurs passent par là, le droit semble être de moins en moins respectable. Pourtant le Code de la Propriété Intellectuelle le signale comme un droit insaisissable, perpétuel, imprescriptible et enfin inaliénable (extrait du texte de loi).

Faudrait-il renvoyer des dépêches à l’AFP ?

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