OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Lettre ouverte à Madame Bettencourt: allez, un p’tit geste… http://owni.fr/2010/07/19/lettre-ouverte-a-madame-bettencourt-allez-un-ptit-geste/ http://owni.fr/2010/07/19/lettre-ouverte-a-madame-bettencourt-allez-un-ptit-geste/#comments Mon, 19 Jul 2010 10:40:42 +0000 Jean-Michel Billaut http://owni.fr/?p=22355 À l’attention de Madame Liliane Bettencourt

18, rue Delabordère

92200 Neuilly-sur-Seine France

Madame,

Je dois dire que je suis avec grande passion vos aventures, dignes d’un roman d’Eugène Sue. Certains de mes amis envisagent d’ailleurs d’en faire un film. Mais je les en ai dissuadés, car il me semble qu’ils n’ont pas le talent d’un Spielberg… Je pense qu’il faut au moins un réalisateur de ce calibre pour conter tout cela à nos enfants. À la rigueur un Roman Polanski. Quant au casting, j’ai quelques idées, dont je pourrais éventuellement vous entretenir… (je pense notamment qu’un Harrison Ford avec son fouet, serait très bien pour…)

En attendant, je me suis dit que peut-être, moi aussi je pourrais bénéficier d’une de vos enveloppes… Mais je ne sais pas trop si je suis dans le bon “scope”… Vous semblez en effet très attachée au financement de la politique française. Personnellement, je dois vous dire que je n’ai nulle envie de me présenter aux suffrages des Gaulois. Beaucoup trop compliqués à manager. Trop de clans, etc. Déjà que chez moi, je n’ai aucun pouvoir…

Non. Je ne vous demande pas une enveloppe pour cela : ces gamineries ne sont plus de mon âge…

Je vous demande une enveloppe pour financer le réseau de télécommunications optique de Villiers-le-Mahieu dans les Yvelines. Villiers se trouve entre Paris et New York, mais plus près de Paris que de New York quand même. Très sympathique village de l’Île-de-France, avec un château du XIIIe siècle (ayant appartenu à Bernard Buffet), ainsi qu’une église consacrée à Saint Martin. Église de la même époque. Pourquoi grands dieux un réseau optique connecté à l’Internet ? Peut-être, Madame, n’êtes vous pas très “Internet minded” ? (vous êtes née comme moi au temps du poste à galène). Malheureusement, en ce qui me concerne, j’ai quitté ces périodes analogiques. Je suis devenu un immigrant digital. Et je dois avouer qu’avec l’Internet la démocratie a peut-être de meilleurs jours devant elle.

Liliane découvre l'Internet.

Notre réseau optique nous permettrait d’abord de disposer de connexions Internet très rapides, plutôt que de nous traîner avec des débits malingres. Heureusement, heureusement que Mediapart ne propose pas trop de vidéos sur son site ! Je ne pourrais les regarder… Nous pourrions aussi mettre en œuvre de nouveaux services pour la population dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’environnement durable avec du télétravail, évitant ainsi à de nombreux Mahieutins de se rendre chaque jour à leur travail dans la capitale et d’en revenir le soir… Et de réfléchir à la démocratie 2.0… Et de la mettre en œuvre dans notre beau village…

Combien mettre dans l’enveloppe ? J’en laisse le soin à votre grande appréciation, mais il me semble que 200.000 euros serait idoine. Voire confortable. Naturellement ce réseau s’appellerait le “BettencourtNet”. Et je me fais fort de convaincre le maire et son conseil municipal de débaptiser notre rue principale, et de l’appeler “rue Liliane Bettencourt”. Rassurez-vous, je n’aurai pas besoin de distribuer des enveloppes pour cela. Payer une bière “chez Zézette” à quelques membres bien choisis du conseil sera largement suffisant (comment, vous ne connaissez pas “chez Zézette” ? Dommage…)

Je ne sais pas trop si vous êtes une habituée du mail sur l’Internet. Mais une réponse de votre part dans ma boîte aux lettres électronique (jmbillaut@yahoo.fr) serait très bien. Je ne sais pas trop non plus, si vous êtes une grande habituée du virement électronique d’argent sur l’Internet. C’est ce que l’on fait de mieux aujourd’hui. Passer des valises pleines de billets en Suisse est d’un ringard ! Vous pourriez aussi verser cette enveloppe sur Leetchi (un site web de cagnotte électronique). Certains de mes amis envisagent en effet de lancer une souscription sur l’Internet pour financer ma fibre optique, et naturellement celle des Mahieutins. Votre enveloppe y serait sans nul doute d’un apport conséquent.

Peut-être un dernier conseil (gracieux naturellement) ? Je vous suggère de vendre L’Oréal. Fabriquer de l’eau savonneuse, c’est bien (financer la politique française avec la vente d’eau savonneuse – notre démocratie est tombée bien bas… vous en conviendrez). Mais devenir opérateur de télécommunications à très haut débit sur l’Europe aurait un certain panache. Ce n’est certes pas M’sieur de Maistre qui vous aurait donner ce conseil, n’est-il ? D’autant plus que, là, vous pourriez vous associer avec Google. Ah ! Vous ne connaissez pas Google ? Bon. Il faudra que je refasse une p’tite conférence d’initiation. Car figurez-vous, que c’est moi qui ait initié M’sieur Lindsay Owen Jones et son staff aux joies ineffables de l’Internet…

Je vous prie de croire, Madame, en l’expression de mes sentiments très distingués.

Votre humble serviteur,

Jean Michel Billaut

PS :  si vous engagez d’autres majordomes, serviteurs, chauffeurs, jardiniers, cuisiniers, femmes de ménage comme dans le temps ancien, ne les prenez pas trop jeunes. Car les jeunes, les “digital natives” comme on dit aujourd’hui, disposent d’enregistreur MP3 miniaturisés. Et surtout, surtout n’installez pas de WiFi dans votre bel hôtel particulier “art moderne” de Neuilly. Car là on pourrait suivre en temps réel la remise d’enveloppe sur l’Internet… Vous devriez aussi calculer votre e-réputation. Cela se fait aujourd’hui. Et ouvrir un blog. Vous auriez un succès fou… Vous pourriez même gagner un peu d’argent pour vos bonnes œuvres…

Billet initialement publié sur le blog de Jean-Michel Billaut sous le titre “Lettre ouverte à Madame Liliane Bettencourt ? Et moi ? Et moi ? Et moi ? (sur un air bien connu)”

Image CC Flickr DavidDMuir et rogiro

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Eric Woerth, ou la fabrique de l’image rêvée http://owni.fr/2010/07/09/eric-woerth-ou-la-fabrique-de-l%e2%80%99image-revee/ http://owni.fr/2010/07/09/eric-woerth-ou-la-fabrique-de-l%e2%80%99image-revee/#comments Fri, 09 Jul 2010 09:24:38 +0000 André Gunthert http://owni.fr/?p=21557 On le dit, on le répète : nous vivons dans un trop-plein d’images. Une abondance qui a notamment pour effet de mettre en difficulté le photojournalisme, concurrencé par la profusion des photos amateurs ou des banques d’images.

Mais si l’on examine de plus près un cas particulier, on a la surprise de constater que ce schéma général est loin de correspondre à la réalité. Avec l’affaire Woerth-Bettencourt, on voit les rédactions faire tous leurs efforts pour remédier à ce qui apparaît clairement comme une insuffisance du matériel disponible.

Liliane Bettencourt et Eric Woerth ne sont pas des inconnus. Pourtant, lorsque Mediapart lance l’affaire le 16 juin dernier, on voit bien que l’accompagnement iconographique n’est pas à la hauteur. Côté Bettencourt, journaux et sites reproduisent d’abord un seul et même portrait de la milliardaire, déjà relativement ancien, réalisé par Patrick Kovarik pour l’AFP le 18 avril 2005 à l’Elysée, à l’occasion d’une remise collective de décorations (voir ci-dessous, fig. 1-2).

(1) Liliane Bettencourt, photo Kovarik/AFP 2005 (2) Site Libération.fr, "Bettencourt, une affaire d'Etat". (3) Couverture Le Point 01/07/2010.

Non qu’il n’y ait aucune photo de Liliane Bettencourt. Comme le montre un reportage largement illustré que Paris-Match consacre le 23 juin à l’”amitié particulière” de l’héritière et du photographe François-Marie Banier, ces images existent. Mais il a fallu puiser dans les ressources de la photo amateur (voir ci-dessous, fig. 4-5). Le portrait utilisé dans les premiers jours de l’affaire, encore reproduit par Le Point en couverture le 1er juillet, est en réalité la seule photo : 1) réalisée dans le contexte d’une occasion publique (c’est à dire une image à la publication de laquelle Liliane Bettencourt ne peut pas s’opposer), 2) diffusée par l’AFP – autrement dit le seul portrait récent disponible en pratique et publiable dans de bonnes conditions de sécurité juridique.

(4) Couverture Paris-Match du 23/06/2010. (5) François-Marie Banier, Liliane Bettencourt, photo amateur, mai 2006.

Que tout le monde ait ou non un camphone n’y change rien. Malgré sa notoriété, Liliane Bettencourt est une vieille dame discrète et bien protégée qui ne se montre que rarement en public. Elle est également riche et puissante, de sorte qu’on n’a pas de mal à imaginer qu’une photo volée utilisée à son insu coutera cher à celui qui osera la publier. Plus de trois semaines après les débuts de l’affaire, son image reste donc aussi rare qu’à l’époque du collodion humide.

Eric Woerth est un personnage public, ministre de la République depuis 2007, dont il n’est pas douteux que les agences ou les photothèques des journaux possèdent de nombreuses photos légitimement diffusables.

Délaissé des paparazzi jusqu’à présent

Pourtant, à considérer les tactiques illustratives déployées par la presse au cours des dernières semaines, on sent bien que l’empreinte iconographique du trésorier de l’UMP n’a rien à voir avec celle des têtes d’affiche du sarkozysme – Carla, Rachida, Brice ou Nicolas lui-même. Alors que les rédactions disposent pour ces derniers d’un riche portefeuille visuel, capable de répondre à toutes les sollicitations de l’actualité, la moindre notoriété du ministre – et peut-être un jeu d’expression plus restreint, qui va du sérieux au maussade – a jusqu’à présent évité à Eric Woerth les assauts des paparazzi.

Cette empreinte plus discrète restreint les possibilités de l’illustration, qui n’aime rien tant que coller au récit par l’anecdote (voir ci-dessous, fig. 6). Le stock disponible, composé surtout de portraits de groupe, n’offre visiblement pas les ressources suffisantes. Du coup, on recourt à l’expédient du montage, pour fabriquer l’image qu’aucune agence ne peut fournir. Sur sa couverture du 26 juin, pour associer les deux principaux protagonistes, Marianne choisit de coller une photo de Oliviera Hamilton (Réa) sur le portrait de Liliane Bettencourt de l’AFP (voir ci-dessous, fig. 7). (On notera au passage que, si la moindre retouche fait systématiquement pousser des hauts cris, ces bricolages discutables – dans la mesure où ils ne sont pas forcément détectables par un lecteur pressé, et créent de toutes pièces une image sans existence –, sont considérés comme des pratiques tout à fait normales.)

(6) Une Libération 30/06/2010 (photo: Marc Chaumeil/Fedephoto). (7) Une Marianne 26/06/2010 (montage Kovarik/AFP-Hamilton/REA) (8) Une L'Express 30/06/2010 (photo Ludovic/REA).

Une couverture de L’Express due à Marin Ludovic (Réa), quoiqu’elle ne relève apparemment pas du montage, confère par un vignettage appuyé un caractère sinistre à l’association des personnages principaux, ici Eric Woerth et Nicolas Sarkozy, extraits par recadrage du groupe qui les entoure (voir ci-dessus, fig. 8).

Une autre manière de remédier à l’absence de l’image idéale consiste à jouer du calendrier, en allant repêcher dans les archives une photo qui correspond à la situation que la rédaction souhaite mettre en scène. Le 6 juillet, alors que Mediapart a publié le matin même des informations qui mettent en cause le président de la République, la plupart des sites de presse essayent dans l’urgence de produire une photo du couple Woerth-Sarkozy. Le Figaro repère le premier dans ses archives une photo d’avril 2008, copié quelques heures plus tard par le site du Monde qui retrouve le même événement photographié par l’AFP (voir ci-dessous, fig. 9-10). Après avoir utilisé le matin une image de 2009, Libération optera l’après-midi pour une autre photo du couple, datée de janvier 2010. Ces mises à jour présentent l’intérêt de dévoiler la temporalité de la recherche iconographique, ses hésitations et ses adaptations en temps réel.

(9) Une LeFigaro.fr, 06/10/2010 (photo Le Figaro, avril 2008). (10) Une site LeMonde.fr, 06/10/2010, photo AFP/Joel Saget, 8 avril 2008.

Recours à la photo-amateur, montage, recadrage, décalage temporel – il ne manque plus à la liste de ces acrobaties éditoriales que l’emprunt de vidéogrammes. Les interviews sur TF1 de Liliane Bettencourt le 2 juillet puis d’Eric Woerth le 6 ont été bienvenues pour renouveler le stock et ont immédiatement été recyclées en images fixes (voir ci-dessous, fig. 10-11). Ce qui illustre cette autre loi d’airain de la photo de presse : plus le temps passe, plus le portefeuille visuel d’Eric Woerth s’étoffe, grâce à la multiplication des occasions de prise de vue et à la vigilance accrue des photographes. Que le ministre n’ait aucune inquiétude : si son empreinte était jusqu’à présent médiocre, il ne fait pas de doute que son extension progressive permettra au récit journalistique de déployer toute sa mesure.

(10) Illustration dossier LeMonde.fr, 06/10/2010, vidéogramme interview TF1 (11) Une LeParisien.fr, 06/10/2010, vidéogramme interview TF1.

Billet initialement publié sur L’Atelier des icônes

Image CC Flickr Omar Eduardo

Disclosure : Culture visuelle est un site développé par 22mars, société éditrice d’OWNI

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