OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Vendredi c’est Graphism S02E44 http://owni.fr/2011/12/02/special-picto-pictogrammes-vendredi-cest-graphism-design/ http://owni.fr/2011/12/02/special-picto-pictogrammes-vendredi-cest-graphism-design/#comments Fri, 02 Dec 2011 07:33:49 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=88936

Bonjour à vous les curieuses & curieux du vendredi !

Aujourd’hui, c’est un numéro spécial… pictogrammes ! Dans le graphisme, le design, l’architecture, la décoration, les affiches, l’art, la mode, le pictogramme est un élément qui donne du sens, qui apporte une dimension culturelle et ce, simplement par l’image. Communiquer uniquement avec des symboles, un véritable rêve de graphiste ! Le pictogramme puise ainsi sa force dans sa simplicité, dans la représentation graphique et schématique d’un concept. Ainsi, à l’heure du web où tout va plus vite, où les vidéos et les images sont reines, où les messages se retrouvent dans tous les pays, les pictogrammes se démultiplient…

Petit détour donc cette semaine par la Planète Picto à bord de la soucoupe ! Au programme du voyage, nous allons découvrir les pictogrammes de demain, la vidéo graphique de Google Map Indoors, une infographie sur la façon dont il est possible de mener une vie créative. Nous allons également jeter un oeil du côté d’une version HTML5 de Windows Phone 7 et enfin passer un peu de temps avec Susan Kare, la créatrice des premières icônes d’Apple et des Macintosh ! On finira sur une sélection de sites où l’on peut télécharger des pictogrammes et une salade de pictos WTF !

(bon vendredi et bon “graphism” !)

Geoffrey

Allez, on commence avec un site internet intitulé “A headline day”, dans lequel vous allez pouvoir découvrir les pictogrammes représentant les préoccupations de la vie moderne ! Tout y passe, les actualités, les faits de société, les faits divers, les évènements, etc. Ces pictogrammes réinterprètent par exemple les émeutes au Royaume-Uni, la canicule, la crise, l’Europe, les banques, etc. On appréciera également le soucis du détail, le jeu avec les codes habituels des personnages rigides et des scènes figées, pour des pictogrammes, ces images sont quand même assez vivantes ! Bref, des pictos qui changent de ceux que l’on a l’habitude de voir dans les aéroports et les gares, ouf ! ;-)

source

Et justement, je vous parlais d’aéroport ci-dessus... La toute dernière vidéo de Google sortie cette semaine les évoque ! Vous vous perdez souvent dans les aéroports ? C’est tout à fait normal et Google a la réponse pour vous. En effet, Google Maps pour Android ajoute une nouvelle fonctionnalité pour que les gens perdus dans les grands endroits (comme cela m’arrive très souvent) puissent se repérer. Oui, vous ne vous trompez pas, ce sont des cartes d’intérieur ! Les plans détaillés sont ainsi affichés sur cette version de Google Map. Et comme depuis quelques temps maintenant, la vidéo de Google est très simple, graphique et très schématique.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

source

Allez on enchaîne notre revue de la semaine sur une bonne infographie comme on les aime ! Bon, je vous rassure tout de suite, devant cette infographie, vous allez retrouver les grands classiques de l’inspiration comme sortir marcher, lire Shakespeare ou faire des listes… Mais ce qui sera un peu inspirant ce sera les autres conseils, si vous regardez bien, pour mener une vie créative, faire du parachute pourra vous être utile, acheter un béret également ou encore boire beaucoup d’alcool (je ne recommande pas ce dernier point). Bref, du grand délire, comme souvent avec les infographies de FastCompany, mais du délire graphique, et ça, on aime !

large [infographie] Comment mener une vie créative ?

source | l’image en grand format

Encore autour de la thématique du pictogramme, j’ai eu le plaisir de découvrir cette semaine que  Microsoft a enfin mis en ligne une version démo de Windows Phone 7 réalisée intégralement en HTML5 ! Vous allez donc pouvoir, depuis votre iPhone ou votre téléphone Android, tester Windows Phone 7, découvrir la fluidité de l’interface et aussi l’élégance de son rapport typographie / pictogrammes. En effet, l’interface “Metro”, c’est son petit nom, est quand même très différente de ce qui se fait sur les autres plateformes, notamment en matière de graphisme, d’interactivité. J’ai testé ça sur mon Android (SGS2) et la démo est très fluide, les scrolls fonctionnent bien et même si c’est une démo limité, cela donne quand même un très bon aperçu :-)

tester la démosource

Et l’on enchaîne avec un bond intersidéral de Microsoft à… Apple et avec la grande dame du pictogramme… j’ai nommé Susan Kare ! Après avoir pris des cours de peinture et un doctorat de la New York University, Susan Kare a déménagé vers San Francisco, où elle a pris un travail de conservatrice dans le musée des Beaux-Arts . Cependant, elle a vite senti à quel point elle était du  ”mauvais côté de l’équation de créativité”.

Finalement Susan Kare a reçu un appel d’un ami de lycée nommé Andy Hertzfeld, qui fut le développeur en chef pour le système d’exploitation Macintosh et… lui a offert son projet job pour Apple ! Sa première affectation a été le développement des polices pour Mac OS. À l’époque, polices de caractères numériques étaient à espacement fixe – un héritage de la machine à écrire – et Steve Jobs avait été très impressionné par la calligraphie.

Jobs a ainsi souhaité que Susan Kare s’occupe de la typographie et des pictogrammes… Dont voici les croquis originaux.

suzanne1 Apple : aux origines du graphisme avec Suzanne Kare !

source

Et un petit bonus, rien que pour vous ! En effet, les pictogrammes, on en parle, on les regarde, c’est bien… mais et si vous voulez en utilisez,vous faites comment ? Et bien, je vous ai sélectionné 4 petits sites internet aux pictogrammes gratuits et parfois libres, mais toujours très complets et avec une grande finesse dans leur dessin !

Dans l’ordre :

Et l’on arrive, comme tous les vendredis, à notre “What the f*ck” préféré, et ce sera donc un WTF spécial pictogramme, avec cette petite sélection de fails, de wtf, de ratés graphiques… ;-)

En guise de mot de la fin, je vous remercie d’être toujours si nombreux à lire et à diffuser “Vendredi c’est Graphism”, j’ai toujours autant de retours constructifs ! Je vous invite également à jeter un oeil du côté du travail graphique et pictographique (tiens, un mot nouveau!) de Gerd Arntz. S’il vous reste du temps aussi, il y a une journée en pictogrammes, d’autres pictos pour Occupy Wallstreet à télécharger, et… pas forcément grand chose à voir mais PictoPlasma expose à la Gaîté Lyrique ! :-)

À la semaine prochaine pour un prochain épisode !

Bon week-end à vous, et croyez-moi, le mien sera parfait ;-)

Geoffrey

]]>
http://owni.fr/2011/12/02/special-picto-pictogrammes-vendredi-cest-graphism-design/feed/ 11
Vendredi c’est Graphism S02e09 http://owni.fr/2011/03/04/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s02e09/ http://owni.fr/2011/03/04/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s02e09/#comments Fri, 04 Mar 2011 07:30:57 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=49554 Bonjour à toutes & tous et bienvenue à bord de l’OWNI graphique du vendredi :-)

Aujourd’hui, notre revue de la semaine fait des aller-retours entre design numérique et graphisme imprimé, il va donc nous falloir sauter de l’un à l’autre avec, comme toujours, les yeux grands ouverts. Je vous propose donc cette semaine un travail mélangeant peinture classique et dessin-animés, une publicité Windows Phone 7 qui a des allures d’Apple, un coup de gueule pour protéger la vie de l’Association, une très belle animation et des interfaces mobiles. Je vous proposerai aussi de jeter un œil sur ma dernière affiche et un petit WTF avec un gros ours de deux mètres.

Un bon vendredi graphique à vous tous ! :-)

Geoffrey

Pour commencer notre revue de la semaine, voici un travail graphique vraiment intéressant car il s’agit de la rencontre entre le dessin animé & la peinture classique. Avec des airs de Roger Rabbit, une pincée de situationnisme et une bonne dimension culturelle, ces images racontent à chaque fois une histoire croisée. Un peu comme si deux mythologies se rencontraient. On redécouvre alors certains tableaux ou certains personnages de dessin-animé sous un nouvel œil.

Par exemple, l’avant-dernière peinture est une œuvre d’Édouard Manet intitulée « Un Bar aux Folies-Bergère ». Elle est inspirée du naturalisme de son ami Émile Zola. Le montage remplace ici le personnage principal (une vraie employée des Folies Bergère) par la célèbre Jessica Rabbit du film « Qui veut la peau de Roger Rabbit ». Le mélange des deux tournent autour de la thématique du double, du reflet, entre le « vrai tableau » qui place derrière la serveuse, un miroir qui la reflète de façon inexacte, et la symbolique de Jessica Rabbit qui déclare dans Roger Rabbit: « je ne suis pas mauvaise, je suis juste dessinée comme ça », on appréciera donc la subtilité du mélange ;-)

source

Cette semaine, nous avons également eu le plaisir de découvrir la dernière publicité non-officielle pour le Windows Phone 7 qui vient de sortir. Elle se veut novatrice, même si elle a parfois des allures de pub Apple et pourtant, on dirait qu’elle s’inscrit dans la « tradition » des publicités un peu psychédéliques de Microsoft, notamment celles avec Steve Ballmer.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Et Steve Ballmer en 1986 :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

source

On enchaîne avec une actualité assez malheureuse car il s’agit de l’Association qui ne se porte pas très bien. L’Association est une maison d’édition française de bande dessinée, fondée en mai 1990 par Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim, David B., Mattt Konture, Patrice Killoffer, Stanislas et Mokeït et elle édite des très bonnes bandes dessinées.

En quelques mots, l’Association va devoir licencier 3 ou 4 salariés (sur les 7 existants). Les salariés sont ainsi en grève depuis un mois car la direction refuse de présenter les résultats et notamment les bénéfices de l’entreprise pour justifier un tel licenciement…). Bref, en soutien aux salariés, les dessinateurs de l’Association ont mis aux enchères, chaque jour, un dessin pour payer les honoraires des avocats et si possible, les aider financièrement à supporter les 31 jours de grève qu’ils viennent de traverser.

le site pour soutenir l’Associationsource

Toujours du côté des artistes, voici un projet d’animation réalisé par une jeune équipe (Mathorne Bo, T. Sørensen Tue, Larsen Gil Arthur, Rie C. Nymand, Mads Simonsen, Thomas H. Grønlund, Sloth Jacob Esben, Martin Holm-Grévy) et qui n’a de cesse de m’enchanter. L’histoire est assez sombre mais saura trouver une touche graphique particulière, quelque chose de personnel, d’unique, notamment dans l’animation des personnages.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Cette semaine fût également pour moi celle de la découverte d’un site Internet signé par Mari Sheibley, une designer de New-York qui travaille pour Foursquare. La majorité de son travail tournant autour du mobile, Mari a décidé de concevoir mobile-patterns.com, un site qui recense  les applications iPhone et Android par typologie d’interface. Cette bibliothèque de modèles d’interfaces mobiles vous servira peut-être si vous travaillez sur les interfaces mobiles et si vous recherchez l’inspiration :-)

le site

Avant-hier, j’ai pris un peu de temps pour dessiner cette affiche sur ce qu’on appelle les “Révolutions Arabes” (comme pour les circonscrire?). Je vous la partage donc, en précisant qu’elle est en Creative Commons & qu’elle est également disponible en grand format :-)

source

Pour finir cette semaine sur un WTF un peu trash, voici le travail de Mori Chack (森チャック), un artiste japonais spécialisé dans le domaine du graphisme. On se concentrera donc sur deux vidéos de “Gloomy Bear”, un ours rose de deux mètres de haut, violent et se nourrissant d’enfants. Vous l’aurez compris, ils sont l’antithèse de Hello Kitty et autres symboles kawaii… Attention les yeux ! ;-)

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Le petit mot de la fin sera pour attirer votre attention sur les images de ces révolutions en ce moment, ces images, A4, en noir et blanc, découpées rapidement sur Paint, ou ces affiches plus grandes, parfois sérigraphiées ou diffusées en masse sur Twitter. Ce sont des choses précieuses et rares que celles-ci, n’hésitez donc pas à vous y attarder, à les collecter et les garder bien au chaud :-)

Bon week-end ! :-)

Geoffrey

Bon vendredi

]]>
http://owni.fr/2011/03/04/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s02e09/feed/ 8
La religion de nos machines http://owni.fr/2010/03/03/la-religion-de-nos-machines/ http://owni.fr/2010/03/03/la-religion-de-nos-machines/#comments Wed, 03 Mar 2010 15:48:14 +0000 Yann Leroux http://owni.fr/?p=9365 180px-ratiostudiorum

Dans un texte mi-humoristique, mi-sérieux, Umberto Eco affirmait que le Mac était catholique et Window était protestant. Le Mac est “amical, conciliant, convivial”, il “explique la démarche à suivre” et se rapproche du “ratio studoriumW” des Jésuites. Le PC serait protestant parce qu’il nécessite “une libre interprétation des écritures”, c’est la machine des “décisions tourmentées” et de l’ “herméneutique subtile”. Le système d’exploitation des PC n’est rien d’autre qu’un “schisme anglican”. Il exhibe une riche interface graphique mais garde par devers lui l’austère MS-DOS.

Le “ratio studoriumW” établi à la toute fin du 16ième siècle est un guide systématisant les apprentissages que les jésuites donnaient dans leurs collèges. Après la leçon, venait pour l’élève le temps de la répétions (repetitio) au sens d’une reprise et d’une réappropriation de ce qui venait d’être transmis. Des disputationes permettaient aux étudiants de discuter ce qui est présenté. Ces disputes peuvent prendre la forme de concertationes au cours desquelles des parties se posent des questions l’une à l’autre. L’espace de l’enseignement est un espace de débat. L’acte de l’élève  est central : il doit s’exercer à la manipulation des connaissances.

Il est assez facile de voir que cette position est au cœur l’Internet qu’il s’agisse des communautés premières comme celles des linuxiens de celles qui fleurissent à l’ombre des dispositifs du Web 2.0. Dans un cas comme dans l’autre, en effet, la profusion des Foire aux Questions, des Conseils d’Utilisation, des Request for Comment et aux Tutoriaux sont autant des guides écrits pour faciliter la formation des utilisateurs. Ceux-ci sont encouragés à “s’exercer eux même” tout comme le professe l’ancien ratio studorium et dans les usages du web comme dans les collèges jésuites la figure du maître n’est plus centrale.  Dans un comme dans l’autre, le coté mica, convivial et conciliant est mis en avant. Dans un cas comme dans l’autre, l’oralité est privilégiée et les flames wars équivalents modernes des disputaniones d’antan. Enfin, dans un cas comme dans l’autre, ce qui fait autorité, c’est la maitrise que l’on acquiert peu à peu par l’usage des outils. Le “faire par soi-même”, et “l’exercice de soi” chers au jésuites se retrouvent dans les usages du réseau par lequel on encourage chacun à s’exercer en fonction de son niveau de connaissance.

Mais on retrouve également la position “protestante” : les guides sont là, disponibles et ouverts, mais ils peuvent aussi nécessiter une interprétation. Une maxime linuxienne l’illustre parfaitement : “si nous ne comprenez pas ce message, alors c’est que le problème auquel vous vous attaquez dépasse trop largement vos compétences. “ Le “lurk more” de anonymous peut également s’entendre dans ce sens. Les machines renvoient parfois des messages abscons dont nous devons deviner le sens. Il y aussi tous ces messages d’alertes qui nous promettent mille morts si nous ne faisons pas la bonne mise à jour ou si nous osons ouvrir ce fichier. Patrick Flichy avait remarqué cette éthique protestante à l’œuvre dans les communauté d’apprentissage dans l’Imaginaire d’Internet.

Billet initialement publié sur Psy et geek ;-)

Photo de une Dark roasted blend

]]>
http://owni.fr/2010/03/03/la-religion-de-nos-machines/feed/ 0
La guerre du Web, par Tim O’Reilly http://owni.fr/2009/11/20/la-guerre-du-web-par-tim-oreilly/ http://owni.fr/2009/11/20/la-guerre-du-web-par-tim-oreilly/#comments Fri, 20 Nov 2009 07:20:47 +0000 aKa (Framasoft) http://owni.fr/?p=5599 Phault - CC by

Un article majeur de l’un des gourous de la Toile, qui met le doigt là où ça peut faire bientôt très mal.

Hubert Guillaud, nous le présente ainsi sur l’agrégateurAaaliens :

« Tim O’Reilly revient sur la guerre du Web : entre Facebook qui ne transforme par les liens en hyperliens, Apple qui rejette certaines applications menaçant son coeur de métier… Tim O’reilly répète depuis longtemps qu’il y a deux modèles de systèmes d’exploitation de l’Internet : celui de « l’anneau pour les gouverner tous » et celui des « petites pièces jointes de manières lâche », le modèle Microsoft et le modèle Linux.

Allons-nous vers le prolongement du modèle du Web interopérable ? Ou nous dirigeons-nous vers une guerre pour le contrôle du Web ? Une guerre des plateformes (Google, Apple, Facebook…) ? Il est temps pour les développeurs de prendre position : si l’on ne veut pas rejouer la guerre des PC ou celle des navigateurs, il faut prendre fait et cause maintenant pour les systèmes ouverts ! »

La guerre du Web aura-t-elle lieu ?[1] La réponse dépend aussi de la capacité qu’aura « la communauté du Libre » à diffuser et défendre ses valeurs et ses idées.

On notera au passage un étonnante prédiction finale sur Microsoft, notre futur allié de circonstance !

La guerre du Web

The War For the Web

Tim O’Reilly – 16 novembre 2009 – O’Reilly Radar
(Traduction Framalang : Olivier Rosseler et Goofy)

Vendredi dernier, mon dernier message sur Twitter a également été publié automatiquement sur Facebook, comme d’habitude. À un détail près : le lien que contenait le message n’était plus actif,comme l’a remarqué Tom Scoville.

En fait, il est loin d’être le seul à l’avoir remarqué. Dès samedi matin, Mashable publiait un article à ce sujet : Facebook retire vos liens Twitter.

Si vous publiez des liens Web (Bit.ly, TinyURL) sur votre compte Twitter et que par le biais d’une application Twitter-Facebook vous les partagez également sur Facebook, ils perdent leur caractère d’hyperliens. Vos amis devront copier et coller l’adresse dans leur navigateur pour qu’ils fonctionnent.

Si Facebook tente d’améliorer son ergonomie, c’est une curieuse décision : il vaudrait mieux que ça soit juste un bogue, nous avons donc contacté Facebook pour en savoir plus. Toujours est-il que tout le site est affecté, et pas seulement vous.

Il se trouve que ce ne sont pas uniquement les liens postés depuis Twitter qui étaient affectés. Tous les liens externes ont été temporairement désactivés si les utilisateurs ne les avaient pas clairement ajoutés avec la fonction « Joindre ». Sur Facebook j’ai essayé de poster un lien direct vers ce blog dans mes nouveautés, mais le résultat est le même : les liens n’étaient plus automatiquement cliquables. Le premier lien de cet article renvoie à une image illustrant ma tentative.

Le problème a été rapidement résolu, les liens apparaissent à nouveau cliquables. On a dit que c’était un bogue, mais certains mettent évidemment cette explication en doute, surtout compte tenu des efforts de plus en plus visibles de Facebook pour prévenir les gens qu’ils quittent Facebook pour se rendre sur le grand méchant Internet.

Tout cela part d’un bon sentiment, je n’en doute pas. Après tout, Facebook met en place un meilleur contrôle de la vie privée, pour que les utilisateurs puissent mieux gérer la visibilité de leurs informations et la visibilité universelle qui fait loi sur le Web n’est pas forcément la mieux adaptée aux informations postées sur Facebook. Mais ne nous voilons pas la face : Facebook est un nouveau type de site Web (ou une ancienne version largement reliftée), un monde à part, avec ses propres règles.

Mais ça ne concerne pas que Facebook.

L’iPhone d’Apple est l’appareil connecté le plus à la mode et, comme Facebook, même s’il est connecté au Web, il joue avec ses propres règles. N’importe qui peut créer un site Web ou offrir une nouvelle application pour Windows, Mac OS X ou Linux, sans demander la permission à qui que ce soit. Vous voulez publier une application pour iPhone ? Il vous faudra obtenir l’approbation d’Apple.

Mais il y a une lacune flagrante : n’importe qui peut créer une application Web et les utilisateurs peuvent y accéder depuis leur téléphone. Mais ces applications connaissent des limitations : toutes les fonctionnalités du téléphone ne leur sont pas accessibles. HTML5 aura beau innover autant qu’il veut, les fonctionnalités principales du téléphone resteront hors de portée de ces applications sans la permission d’Apple. Et si l’on s’en réfère à l’interdiction de Google Voice sur iPhone il y a quelques temps, Apple n’hésite pas à interdire les applications qui menacent leur cœur d’activité et celui de ses partenaires.

Et ce n’est pas tout, une autre salve a été tirée contre les règles tacites d’interopérabilité du Web : Rupert Murdoch menace de retirer le Wall Street Journal de l’index de Google. Même si, de l’avis général, ce serait du suicide pour le journal, des voix contraires s’élèvent pour insister sur l’influence qu’à Murdoch. Pour Mark Cuban, Twitter a maintenant dépassé les moteurs de recherche pour ce qui est des informations en temps réel. Jason Calacanis va même plus loin, quelques semaines avant les menaces de Murdoch, il suggérait déjà que pour porter un gros coup à Google il faudrait que tous les groupes de radio/presse/télévision devraient bloquer Google et négocier un accord d’exclusivité avec Bing pour ne plus apparaître que dans l’index de Microsoft.

Évidemment, Google n’encaisserait pas sans broncher et signerait également des accords de son côté, on assisterait alors à une confrontation qui ferait passer la guerre des navigateurs des années 90 pour une petite bagarre de cours d’école.

Je ne suis pas en train de dire que News Corp et les autres groupes d’information devraient adopter la stratégie prônée par Jason, ni même qu’elle fonctionnerait, mais je vois une se profiler une période de concurrence meurtrière qui pourrait être très néfaste à l’interopérabilité du Web telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Si vous suivez mes commentaires sur le Web 2.0 depuis le début, vous savez que je pense que nous sommes engagés dans un projet à long terme dont la finalité est le système d’exploitation Internet (jetez un œil au programme de la O’Reilly Emerging Technology Conference de 2002 (pdf)). Je soutiens depuis des années qu’il y a deux modèles de systèmes d’exploitation, que je décris comme “Un anneau pour les gouverner tous” et “Des petits morceaux faiblement coordonnés”, ce dernier étant illustré par une carte d’Internet.

Dans le premier : malheur au vaincu, c’est le monde que nous avons connu avec Microsoft Windows et le PC, un monde où priment la simplicité et l’accessibilité, mais où le choix de l’utilisateur et du développeur sont réduits au bon vouloir du fournisseur de système d’exploitation.

Le second est une système d’exploitation qui fonctionne comme Internet lui-même, comme le Web et comme les systèmes d’exploitation Open Source comme Linux : un monde certes moins raffiné, moins contrôlé, mais un monde qui est par essence novateur car chacun peut apporter ses idées sans avoir à demander la permission à qui que ce soit.

J’ai déjà expliqué les tentatives des grands pontes comme Facebook, Apple et News Corp de grignoter le modèle « des petits morceaux faiblement coordonnés » de l’Internet. Mais peut-être que le plus grand danger réside dans les monopoles qu’a engendré l’effet réseau du Web 2.0.

Je ne cesse de répéter, à propos du Web 2.0, qu’il s’appuie sur un système auto-entretenu : plus il y a d’utilisateurs, plus l’expérience est intéressante. C’est un système qui tend naturellement vers des monopoles.

Nous nous sommes donc habitués à un monde où un seul moteur de recherche domine, où une seule encyclopédie en ligne domine, un seul cyber-marchand, un seul site d’enchères, un seul site de petites annonces dominent, et nous avons été préparés à un monde où un seul réseau social dominera.

Mais qu’advient-il lorsqu’une de ces entreprises, profitant de son monopole naturel, tente de dominer une activité connexe ? C’est avec admiration et inquiétude que j’ai observé Google utiliser sa mainmise sur la recherche pour tenter d’étendre son emprise sur d’autres activités concentrées sur les données. Le service qui m’a mis la puce à l’oreille était la reconnaissance vocale, mais c’est vraiment les services de géolocalisation qui ont eu le plus gros impact.

Il y a de cela quelques semaines, Google a lancé une application de navigation GPS gratuite pour les téléphones Android. Pour les clients c’est génial puisque auparavant ils devaient opter pour un GPS dédié ou des applications pour iPhone hors de prix. Mais il faut aussi y voir la compétitivité que le Web a acquise et la puissance que Google a gagnée en comprenant que les données sont le nouveau “Intel Inside” de la nouvelle génération d’applications pour ordinateurs.

Nokia a allongé 8 milliards de dollars pour NavTeq, leader de la navigation routière. Le fabricant de GPS TomTom a quant à lui payé 3,7 milliards de dollars pour TeleAtlas, numéro deux du secteur. Google développe un service équivalent dans son coin pour finalement l’offrir gratuitement… mais à ses seuls partenaires. Tous les autres doivent encore payer de lourdes redevances à NavTeq et TeleAtlas. Google va même plus loin puisqu’il y ajoute ses propres services, comme Street View.

Mais surtout, les camps sont maintenant bien établis entre Apple et Google (ne ratez pas l’analyse de Bill Gurley à ce sujet). Apple domine l’accès au Web mobile avec son appareil, Google contrôle l’accès à l’une des applications mobiles les plus importantes et limite son accès gratuit aux seuls terminaux Android pour l’instant. Google ne fait pas des merveilles que dans le domaine de la recherche, mais aussi en cartographie, en reconnaissance vocale, en traduction automatique et dans d’autres domaines adossés à des bases de données intelligentes phénoménales que seuls quelques fournisseurs peuvent s’offrir. Microsoft et Nokia disposent également de ces atouts, mais eux aussi sont en concurrence directe avec Apple et, contrairement à Google, leur économie repose sur la monétisation de ces atouts, pas sur la gratuité du service.

Il se peut qu’ils trouvent un moyen de co-exister pacifiquement, et dans ce cas nous pourrions continuer à jouir du Web interopérable que nous connaissons depuis deux décennies. Mais je parierais plutôt sur l’effusion de sang. Nous sommes à la veille d’une guerre pour le contrôle du Web. Au fond, c’est même plus que ça, c’est une guerre contre le Web en tant que plateforme interopérable. Nous nous dirigeons plutôt vers la plateforme Facebook, la plateforme Apple, la plateforme Google, la plateforme Amazon, les grandes entreprises s’étripant jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une.

C’est maintenant au développeur de s’affirmer. Si vous ne voulez pas voir l’histoire se répéter comme pour les PC, pariez sur les systèmes ouverts. N’attendez pas qu’il soit trop tard.

PS : Une prédiction : Microsoft sera le grand défenseur du Web ouvert, encourageant l’interopérabilité des services Web, tout comme IBM est devenu l’entreprise soutenant le plus Linux.

Je parlerai de ce sujet lors de mon discours d’introduction à la Web 2.0 Expo à New York mardi. J’espère vous y rencontrer.

Notes

[1] Crédit photo : Phault (Creative Commons By)

» Article initialement publié sur Framablog

]]>
http://owni.fr/2009/11/20/la-guerre-du-web-par-tim-oreilly/feed/ 11